Chronique

Maëlle & les garçons

The Fly

Maëlle Desbrosses (vla, voc), Paco Andreo (tb), Clément Mérienne (cla), Samuel Ber (d) + Isabel Sörling, Blumi, Marco Van Baaren (voc)

Label / Distribution : Murdange

On pouvait attendre à peu près tout de Maëlle Desbrosses, et surtout l’excellence. Nous l’avons vu dans des projets très personnels, comme Suzanne, mais aussi de plus larges ensembles, au service de compositeurs aventureux, de Paul Jarret à Sylvaine Hélary ou Robin Antunes. Dans l’Acoustic Ensemble, on avait remarqué son implication et la forme de relais que le compositeur lui déléguait au sein des cordes. Proche de musiciennes comme Ellinoa ou Hélène Duret, on attendait simplement qu’elle développe sa propre musique à l’intime : quelque chose de coloré et de brillant. Autant dire que The Fly fait mouche : mouche du coche capable de questionner le jazz, les genres et les atomiser. Insecte zonzonnant sur une rythmique parfaite (Samuel Ber, remarquable sur « Laughing Song » et ailleurs), The Fly n’a pas besoin de Cronenberg pour tenir en haleine.
 
Maëlle et les garçons, le clin d’œil est ironique, ultime masque que Desbrosses enfile par pudeur pour euphémiser son écriture d’une finesse rare. Le tromboniste Paco Andreo et le claviériste Clément Merienne complètent ce quartet très efficace. « Nurses Songs », le morceau central de ce premier album, en est l’exemple avec sa grammaire contemporaine et onirique. Rien d’étonnant pour l’altiste du Kaija Quartet. Le travail avec Andreo à l’euphonium et au trombone est un mélange souple et complémentaire où le propos est proche de la voix, une voix omniprésente et changeante au gré de l’album et des invités. Est-ce Isabel Sörling aux reflets de cette musique gracieuse qui tutoie la pop (« Green and Gray ») ? Est-ce la chanteuse Blumi (Emma Broughton) qui susurre « Laughing Song » que le trombone et l’alto éclairent plus crûment après une aube électronique ?
 
C’est plus sûrement Marco Van Baaren, ténor fuligineux qui intervient dans le très beau « Ecchoing Green » joliment construit par le piano et servant une écriture ciselée et très mature, qui emmène très loin. Et Maëlle Desbrosses elle-même avec « The Fly ». Autre sommet, la suite « The Blossom » où Andréo et Desbrosses construisent une trame qu’on croirait sortie d’une œuvre minimaliste tempérée par le piano. Ici, il se dit du William Blake, et l’on songe à cette phrase en exergue « Sans contraire, il n’y a pas de progression » comme définition de ce que l’on écoute. On en ajoutera une autre, sans doute plus inconsciente : celle qui plonge ses racines dans l’école de Canterbury, qui tenta en son temps des alchimies semblables auxquelles Blake n’était pas étranger.