
Préfacé par le jeune Alain Gerber (né en 1943), cette autobiographie du pianiste Martial Solal (né en 1927) est incroyable à plusieurs titres.
Réalisée très récemment, en quelques mois, elle se compose de divers chapitres, dans un désordre très solalien, qui racontent des anecdotes en apparence anodines mais qui en disent long sur le pianiste. Il faut dire qu’à 97 ans, le vaillant musicien aurait pu se contenter de jouer au train électrique avec son petit-fils. Mais non, incapable de rester sans rien faire, préférant tuer l’ennui que d’en mourir, Martial Solal a écrit son autobiographie !
Ensuite, pour la publier, c’est l’excellente maison Frémeaux&Associés, spécialisée dans l’exposition du patrimoine musical, qui s’en charge grâce à une toute nouvelle collection Livres (qui comprend déjà une bonne poignée de références).
Martial Solal – il l’évoquait dans le dossier que Citizen Jazz lui a consacré – porte un regard amusé, distant et pragmatique sur le monde. Cet humour caustique qui le caractérise se retrouve à toutes les pages de cette autobiographie, qui se lit comme une nouvelle sur l’histoire du jazz. On y croise tous les personnages possibles, en France comme à l’étranger. On peut y lire des phrases comme : « Un seul petit ennui, très fréquent pendant ces années : ils étaient tous drogués. Sauf moi ! » ou bien encore : « Le free jazz allait donner quelques illusions à un grand nombre de musiciens amateurs pour qui la musique à la portée de tous était un acquis indiscutable » (et bim !) ou revenant de Liège : « j’ai eu l’avantage de faire la connaissance, grâce à un marchand ambulant, du sandwich à la choucroute. Ce sont des choses qu’on n’oublie pas. »
Bien entendu, il y parle surtout de musique, de tournées, de disques, de rencontres. Mais aussi de sa famille, sa compagne, ses enfants, ses différents logements et ses pianos. Un siècle vu par un voyageur heureux, avec une simplicité un peu naïve et une fausse modestie très touchante.

