Chronique

Matthis Pascaud

Loup(s)

Matthis Pascaud (g), Raphaël Chassin (d), Laurent Vernerey (elb), Christophe Panzani (ts, clb) + Célia Kameni (voc), Gaël Rakotondrabe (p).

Label / Distribution : Shake Production / Modulor Music

« Homo homini lupus », disait autrefois un certain Plaute. Outre que cette assertion pourrait faire passer le loup pour plus cruel qu’il ne l’est en réalité, elle peut faire oublier que les humains n’ont besoin de personne pour répandre la violence, aujourd’hui plus que jamais. Mais surtout, les Loup(s) de Matthis Pascaud s’avancent en toute élégance et, si leur côté sauvage s’exprime ici sous la forme d’un road movie aux couleurs nocturnes quelque part au beau milieu de paysages désolés du Grand Ouest américain, n’ayez pas peur de les côtoyer, vous ne risquez rien.

Musicien hyperactif qu’on peut croiser du côté de chez Erik Truffaz, Marion Rampal ou Hugh Coltman, le guitariste mène ici sa propre embarcation, entouré d’un équipage éprouvé et familier de ceux qui suivent sa trace de près : Laurent Vernerey (basse), Raphaël Chassin (batterie) et Christophe Panzani (saxophone et clarinette). Montent parfois à bord la chanteuse Célia Kameni ou le pianiste Gaël Rakotondrabe. Le disque est présenté comme celui d’une « pop instrumentale » évoluant quelque part entre Pink Floyd et la musique assez hypnotique des Texans du trio Khruangbin. Ce qui constitue un spectre assez large, convenons-en ; il est vrai cependant qu’il s’en dégage une atmosphère assez planante (sans pour autant s’avérer psychédélique). On apprend par ailleurs avec intérêt que Matthis Pascaud et ses musiciens ont enregistré leur album dans les mythiques studios d’Abbey Road à Londres, qu’on peut considérer comme un temple de la musique. Tout ce petit monde a eu la chance d’y passer quatre jours pour y fabriquer une musique se voulant artisanale mais dont on comprend très vite qu’elle a fait l’objet d’un traitement sonore des plus méticuleux.

Le résultat est séduisant, il faut bien le dire, ce qui n’étonnera pas vraiment quand on connaît le pedigree des musiciens. Le groupe cultive une forme particulière de lenteur qui est peut-être celle d’une meute, privilégiant le collectif plutôt que l’aventure solitaire (les interventions individuelles des musiciens sont limitées au strict nécessaire). On sait qu’une meute de loups ne se déplace jamais au hasard, que leur manière de voyager est pensée pour optimiser l’énergie du groupe et maintenir la cohésion. Et c’est bien ainsi que la musique - pop et blues à la fois - de Matthis Pascaud avance, poussée par un swing tenace et sans à-coups, celui d’une force tranquille, tous ensemble dans un élan solidaire. C’est un voyage envoûtant auquel chacun de nous est convié. Embarquement immédiat !

par Denis Desassis // Publié le 8 février 2026
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