Youn Sun Nah
Lost Pieces
Youn Sun Nah (voc), Matthis Pascaud (g), Tony Paeleman (kb), Laurent Vernerey (b), Raphaël Chassin (d), David Patrois (mar, vib)
Label / Distribution : Warner Bros.
Il y a quelque chose qui relève de l’alchimie chez Youn Sun Nah : ce qui passe entre ses mains, ou plutôt ses cordes vocales, semble converti illico en une matière première rare, dont les composantes sont dévoilées au fil de disques où s’intriquent naturellement virtuosité et vibration. Ce dont nous n’avons pas manqué de rendre compte depuis de longues années (en particulier depuis Voyage en 2009), et même lors d’un « virage américain », avec l’album She Moves On, qui avait pu faire craindre un affadissement de son expression. La chanteuse coréenne ne manque jamais ses rendez-vous discographiques et avance petit à petit des pions toujours plus personnels sur l’échiquier de sa musique, en déposant dans la corbeille ses propres compositions depuis Waking World. On la retrouve cette fois entourée d’une équipe qui semble douée d’ubiquité au vu de ses nombreuses contributions au service d’autres artistes (Hugh Coltman, Marion Rampal, Erik Truffaz…).
À la manœuvre, le guitariste Matthis Pascaud, musicien enlumineur et compagnon des Loup(s), entouré de ses complices Laurent Vernerey et Raphaël Chassin. Une gamme de couleurs enrichie par les claviers de Tony Paeleman et le vibraphone (et marimba) de David Patrois. Pour compléter la palette, mentionnons aussi la présence çà et là d’un trio de soufflants (Christophe Panzani, Robinson Khoury et Alexis Bourguignon). Un écrin élégant, tout en retenue, qui fait avancer la musique à pas feutrés, à même de surligner les émotions qui sont ici véhiculées.
Car Lost Pieces est peut-être l’un des disques les plus émouvants de Youn Sun Nah, dans la mesure où il est pour elle l’occasion de se livrer à un exercice d’introspection, dans la dignité et sans ostentation. Que sont donc ces « fragments perdus » ? De petits morceaux de soi - brisés, éparpillés - qu’on cherche à comprendre, rassembler, voire transformer comme autant de manifestations de notre vulnérabilité d’être humain. C’est cette quête existentielle que relatent les onze compositions de ce nouvel album. Mais au-delà du propos intimiste, Lost Pieces démontre que la chanteuse, toujours aussi envoûtante, parvient à concilier le fait d’être devenue une artiste populaire et la nécessité de maintenir un haut niveau d’exigence dans l’exercice de son art.

