Hugo Lippi
Olha Maria
Hugo Lippi (g), Laurent Vernerey (b), Denis Benarrosh (d), Gaël Rakotondrabe (p), Stéphane Belmondo (tp), Hugo Guezbar (g).
Label / Distribution : Caramba Records
Les derniers disques d’Hugo Lippi (Comfort Zone en 2019 et Reflections In B en 2024) sont venus rappeler à qui voulait bien l’entendre que ce natif de Portsmouth en Angleterre, ayant grandi au Havre, est avant tout un Amoureux (la majuscule est importante) de toutes les musiques qu’il a pu écouter depuis son enfance. Un spectre large : « Chez mes parents, dans la même journée, on pouvait avoir les Nocturnes de Chopin, les variations Goldberg et Led Zeppelin ». Olha Maria, qui emprunte son titre à une chanson d’Antonio Carlos Jobim popularisée par Chico Buarque, poursuit, avec la discrétion qui caractérise le guitariste, la quête d’une fusion harmonieuse de ses influences multiples. Discrétion, oui, car Hugo Lippi n’est pas un adepte des effets de manches et peut-être encore moins des possibilités qu’offre aujourd’hui la technologie lorsqu’il s’agit de modeler le son de son instrument. À tous les pédaliers dont il pourrait disposer, aux effets plus ou moins essentiels, il semble préférer la « vérité » de la main, véritable porte-parole des mélodies qui l’habitent et dont il sert la cause avec une précision, un souci de la note juste, qui sont la marque de sa virtuosité et d’une élégance sans ostentation. Le bavardage n’est pas de mise chez Hugo Lippi.
Enregistré au Studio CBE – connu pour avoir été une sorte de temple de la chanson française dans les années 60 – ce nouveau disque est un autre passage en revue des horizons « lippiens » : Paul Simon, Steely Dan, Kate Bush, Édith Piaf côtoient Scriabine tout comme Freddie Hubbard, dans un clin d’œil à l’esprit du label CTI et les productions de Creed Taylor des années 70. Sans oublier, bien sûr, deux compositions originales tout en swing rêveur. L’équipe est resserrée, c’est celle d’une force tranquille : Laurent Vernerey à la basse et Denis Benarrosh à la batterie, avec quelques coups de main de Stéphane Belmondo (trompette), Gaël Rakotondrabe (piano) et Hugo Guezbar (faut-il donc se prénommer Hugo pour être guitariste chez Mr Lippi ?). En nos temps troubles qui ne savent plus accorder de place à la moindre respiration et encore moins à la contemplation, Olha Maria se présente à la façon d’un remède efficace sans le moindre effet secondaire indésirable. On s’y sent bien, en bonne compagnie, de celles qu’on n’est jamais pressé de quitter. What else ?

