Mendoza, fluke-mogul, Pérez
Mamma Killa
Ava Mendoza (g), gabby fluke-mogul (vln), Carolina Pérez (d)
Label / Distribution : Burning Ambulance
À l’occasion d’un très bel entretien, en 2022, la guitariste Ava Mendoza était revenue sur son approche de la musique, puisant au sources du blues une énergie tout autant rock qu’elle savait être jazz… Les confins sont souvent à touche-touche, et c’est dans cette portion aux frontières poreuses et joyeusement floues que l’artiste étasunienne évolue avec une puissance qui la talonne. On le remarquera avec ce très beau trio où la rejoint la violoniste phénoménale gabby fluke-mogul qu’on avait pu découvrir avec Joanna Mattrey ou Fred Lonberg-Holm ; avec la guitariste, la jeune femme joue le boutefeu, comme dans l’explosif « Nowhere But Here » où le violon semble dompter un tourbillon électrique aux reflets de métal. C’est délicieusement dissonant et acrimonieux, mais les diverses explosions, conduites par la batterie insatiable de Carolina Pérez, forment un tout très cohérent.
Le blues, lui, est absolument partout. Il se glisse dans les éclats bruitistes comme un soleil pernicieux vient réchauffer la pièce, ou s’installe très simplement dans l’inaugural « Puma Punku » en luisant de manière étrange comme un morceau de rock saharien ou une incursion électrique dans le royaume mandingue. De temps à autre, Mendoza qui rayonne à la guitare vient glisser quelques mots dans un râle, ajoutant des reflets chromés à un grand melting-pot tortueux et hérissé de métal. Le mot d’ordre est comme une casserole de lait, prêt à déborder au moindre échauffement. La façon qu’a Eva Mendoza de contrôler une telle solution instable pour en faire une fronde sans limite force le respect.
Dans ce power-trio strictement féminin, il n’est pas question de surenchère ou de provocation mal placée. A l’instar de ce que Nout peut nous proposer, l’orchestre de Mendoza est une explosion de joie aux ramifications plus américaines, délaissant les amours Krautrock de Delphine Joussein et ses amies. De fluke-mogul, incisive sur l’intro de « Partera Party » à Pérez, remarquable de groove (et de double pédale) sur « Trichocereus Pachanol », tout est question de passion pour les explosifs dans ce Mama Killa proposé par l’excellent label Burning Ambulance.
