
Joëlle Léandre & Evan Parker
Long Bright Summer
Joëlle Léandre (b), Evan Parker (ts, ss)
Label / Distribution : Rogue Art
S’il fallait résumer toute la discographie commune du saxophoniste Evan Parker et de la contrebassiste Joëlle Léandre en un seul morceau, ou plutôt en un seul instantané de création, elle tiendrait tout entière dans « LBS #4 », cet enregistrement pour Rogue Art que les deux légendes ont donné dans le sud de la France en 2023, infime part de Long Bright Summer, concert dense en duo. Mais huit minutes et vingt-sept secondes, est-ce suffisant pour rappeler leur première rencontre de 1982 ou des concerts plus récent avec Zlatko Kaučič, ce que les notes de pochette de David Cristol rappellent très bien ? Il y a une telle intensité dans ce morceau, une telle implication d’Evan Parker qui joue du soprano comme s’il tentait d’échapper à la bourrasque et une telle puissance dans le jeu en pizzicati de Joëlle Léandre qu’on est tenté de le penser, d’autant que lorsque la contrebassiste passe à l’archet, tellurique masse en mouvement, l’échange prend une tournure plus chaleureuse, le sceau d’une amitié ancienne et sans accroc.
Mais il y a le reste de Long Bright Summer, qui en dit tout autant sans jamais se contredire. Ces deux musiciens ont passé leur carrière à explorer la performance et savent que c’est la sincérité qui est la clé de tout, sans esbroufe ni posture. De fait, même quand le geste se gorge d’afflux sanguin et devient plus tumultueux, ce n’est pas la surenchère qui est de mise, c’est le dialogue et la simplicité. Evidemment, parfois Joëlle s’emporte, elle joue avec une urgence qui lui est propre pendant qu’Evan Parker use de ces textures nébuleuses dont il a le secret (« LBS #2 ») et qui se marient si bien à l’archet. Mais ces deux-ci se connaissent si bien qu’ils savent déjà par cœur les chemins qui n’existent pas, les font serpenter au milieu d’une nature fructueuse qui n’a rien d’hostile mais tient jalousement à son caractère sauvage.
Ce type de rencontre, naturellement captée par le fidèle Jean-Marc Foussat, est fascinante car elle ne comporte pas de redites. Après 45 ans d’improvisation commune, on pourrait envisager des recettes : ni Léandre ni Parker n’en use. Il y a une joie évidente de jouer ensemble, mais aussi une forme de gravité, quelque chose d’intranquille qui sourd du dialogue de « LBS #3 », des circonvolutions du saxophone aux infrabasses d’un archet qui aime ajourer la masse. Long Bright Summer a tout de l’été qu’il célèbre : une chaleur pleine de vie qui peut devenir étouffante et électrique et que seul l’orage salvateur sait calmer.

