Chronique

Nils Landgren with Janis Siegel

Some Other Time - A tribute to Leonard Bernstein

Nils Landgren (b, voc), Janis Siegel (voc), Jan Lundgren (p), Dieter Ilg (b), Wolfgang Haffner (d) et les membres du Bochumer Symphoniker

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

La force de Leonard Bernstein est d’avoir su traiter les genres musicaux majeurs ou mineurs, savants ou populaires, avec une vigueur communicative. Certains airs composés pour grand orchestre ont trouvé leur place dans la culture populaire, sous diverses formes. D’autres compositions, simples refrains ou thèmes jazz sont devenus hymnes à la joie, ont gagné un souffle épique, pittoresque, parfois même jusqu’au kitsch, en fusionnant avec le 7e art.

Le propos de Nils Landgren, tromboniste et chanteur, est de rappeler ce savoir-faire et de présenter les œuvres de Bernstein, déjà inaltérables, dans un nouvel écrin. Il s’est entouré de dix-huit membres de l’orchestre symphonique de Bochum, un arrangeur superstar, Vince Mendoza (connu pour son travail auprès de personnalités très diverses allant de Zawinul à Björk) et un trio nordique de jazz du meilleur cru.

Depuis ses collaborations avec Esbjörn Svensson, jusqu’à son intérêt récent pour le funk, Nils Landgren est devenu, à 60 ans, vétéran d’un jazz suédois garant d’un certain classicisme. Une position qui le destinait à cette réinterprétation située pile sur la ligne entre jazz et classique. Cette symbiose gracieuse des deux univers, il la réussit en tant que tromboniste. « One Hand One Heart », « A Simple Song » bénéficient de son jeu ample, qui prend le temps de décrire, avec des pleins et des déliés. En revanche sa voix, bien que chargée de respect pour les partitions originales, manque, elle, cruellement de panache.

Heureusement, pour cet hommage il a convié Janis Siegel. Non seulement la voix féminine sied davantage au projet mais elle incarne parfaitement ce qu’on attend d’un remake « made in Broadway » des mélodies du compositeur des plus grands musicals de la célèbre avenue. Sous la suavité, Siegel fait briller en réalité de nombreuses facettes : gravité, frivolité ou simple élégance, avec une technique rodée. C’est bien elle, l’ex-chanteuse des Manhattan Transfer, qui redore ces classiques. Elle apporte la classe évidente, de circonstance, qui manque à Landgren, sans doute perdu à intellectualiser le projet. Il campe pourtant fort bien l’amoureux transi sur « A Quiet Girl », mais n’échappe pas à une mièvrerie qui atteint son sommet sur « Cool », lui faisant perdre tout son swing. Un comble.

Si les partitions et les choix de chansons qui composent ce Some Other Time ont le mérite d’apporter un éclairage précieux sur l’œuvre d’un compositeur jubilatoire, l’album reste à conseiller uniquement en cas d’hypoglycémie auditive.