Chronique

Nerf

Les Yeux de la tête

Samuel (saxes), Ivan (dms), Luc (b)

Label / Distribution : Rude Awakening

Nerf, la nouvelle signature du label montpelliérain Rude Awakening, est une référence de plus à ajouter aux power trio hexagonaux qui portent l’estocade électrique d’une musique sèche et virulente, rodée sur scène. Tout, dans Les yeux de la tête, va droit au but et joue sur la symbolique du joug électrique, comme la pochette où cet homme à tête de prise, symbole du groupe, est assis sur une chaise qui se pourrait bien être elle-même électrique. Cette illustration torturée, qui semble sortir d’un Pink Floyd tendance The Wall revisité par Topor résume à elle seule le propos du trio. La musique est à tir tendu, âcre et virulente, à la fois tourmentée et terriblement spontanée, jouée par trois musiciens dont on ne connaîtra que les prénoms, comme pour émacier un peu plus le propos, et le faire coller à une esthétique « garage » né dans les squats qui furent le creuset du groupe...

On pense à Twits, le quintet d’Aurélien Besnard, le patron du label, qui visitait un heavy metal caustique en le mâtinant au jazz. Nerf est plus râblé, plus sec et surtout plus acrimonieux. Le trio basse, saxophone et batterie ne s’embarrasse d’aucune fioriture, file droit sans se soucier d’autre chose que de conserver sa puissance et son énergie, mené par le jeu de basse inexorable de Luc. L’électricité est partout, tant dans les saturations de la basse que dans les distorsions des saxophones. « FyyFFF », l’ouverture de l’album, transmute le saxophone de Samuel en un riff de guitare saturé, méconnaissable et volontairement bruitiste.

Peu à peu, le chaos s’organise ; « Maître Moulard » s’offre une ouverture syncopée que n’aurait pas reniée Zappa, influence revendiquée par Nerf. « Le Grand Martin Quequoi » se construit sur une lancinante progression harmonique de la basse relayé par un sax baryton destructeur et heurté qui plaira aux amateurs de Zorn et surtout d’Eyal Maoz... Peu à peu, l’ambiance du metal prend toute la place, jusqu’à ce « Barghest » rageur, au centre de l’album, ou toute l’énergie rock est portée vers une surenchère électrique presqu’irrespirable. Mais le tumulte est porteur d’images, et Nerf évoque beaucoup de sentiments contraires ; un groove alcalin et étrangement chaleureux sur « Cricket », ou une longue course finale en avant sur un « Belgharval » où la basse et la batterie rivalise de dureté. Nerf est à vif ; mais lui demande-t-on autre chose ?