Scènes

ONJ des Jeunes : la relève de l’avant-garde

Compte rendu du concert donné à Rennes, à la MJC de Bréquigny.


Marc Ducret © Frank Bigotte

Comme dans les poupées gigognes : dans l’ONJ se trouve un autre ONJ. Constitué d’une génération montante, encore en cours d’apprentissage, l’ONJ Orchestre des Jeunes existe depuis 2019 et se voit placé à chaque nouvelle session (puisque jeunes, on ne reste pas, l’orchestre est recomposé chaque année) entre les mains d’un·e musicien·ne expérimenté·e, voire maître en la matière. C’est le cas de Marc Ducret qui, à la tête de la formation, arpente actuellement le territoire breton. Le 1er mars dernier, ils étaient à Rennes. L’occasion de se rendre compte sur scène que la relève est assurée et que les anciens restent jeunes.

MJC de Bréquigny, sud-ouest de Rennes. Une structure comme la France en a connu beaucoup durant les années 70 et 80. Les maisons des jeunes et de la culture accueillaient les musiques créatives de l’époque, qu’elles aient été jazz ou rock, elles faisaient écho à la vitalité d’une jeunesse. Quarante à cinquante ans plus tard, en 2026, l’équipe dynamique et motivée de la MJC Bréquigny prolonge cette histoire et se donne les moyens de faire vivre culturellement le territoire. Des ateliers, des rencontres, des actions ancrées ici et maintenant, dans le quartier et le quotidien, apportent une part sensible et créative à la population. Visiblement, cela fonctionne : dimanche après-midi, la salle est pleine. En écho avec le festival Jazz à l’Ouest qui se tient en novembre, la MJC reçoit ce jour-là l’Orchestre National de Jazz des Jeunes. Soit quinze musiciens sur scène, de quoi remplir le plateau d’instruments (saxophones, tuba, clarinette, piano, basse, batterie, etc.) et la salle de musique.

Cette idée de soutenir, voire propulser la jeunesse a émergé sous le mandat de Frédéric Maurin. Épanouissement musical et professionnalisation grâce à une transmission intergénérationnelle, quoi de plus évident ? François Jeanneau, Laurent Cugny, Denis Badault et les autres, tous les anciens directeurs se sont prêtés au jeu. Cette fois pourtant, ce n’est pas un ancien mandataire mais le tout premier soliste de l’orchestre en 1986 qui officie : Marc Ducret dont le répertoire, pour les amoureux des musiques audacieuses, compte parmi les pièces majeures de ces vingt dernières années.

Sur la scène, le guitariste joue bien sûr, mais peu : surtout, il dirige. Le concert débute avec Total Machine, composition maîtresse du disque Le Sens de la marche, formation qui, en son temps, comme le fera remarquer Ducret lui-même, comptait en ses rangs de jeunes musiciens dont beaucoup ont su conserver un goût pour l’exploration. Dix-sept ans plus tard, ce sont des étudiants issus de la Fédération Nationale des Écoles d’Influence Jazz et des Conservatoires Musiques Actuelles (FNEIJMA) (particulièrement celui de Paris) qui s’appliquent à jouer la composition.

Le plaisir est immédiat de retrouver une partition tortueuse qui ne se cantonne pas à une esthétique mais les transcende toutes. Nervosité, engagement, la musique est là, toujours mordante, et conserve sa part d’actualité, voire d’avant-gardisme. De fait, les musicien·nes savent en saisir le propos et la ligne d’horizon. Le son circule avec de nombreux rebonds, chacun s’appropriant son moment avec à-propos et si la densité d’une vie pleine à jouer de la musique opérera à coup sûr dans les années à venir, l’enthousiasme de la jeunesse est palpable et l’envie d’en découdre également.

Marc Ducret © Christophe Charpenel

Sur une section rythmique qui roule avec turbulence, les pupitres se répartissent les rôles et prennent part au déroulé général dans une articulation soignée entre collectif et individualités. Chacun·e est concentré·e sur sa partie mais pas guindé·e. Égrenant ensuite quelques pièces comme « Marche », « Nouvelles nouvelles du front » issues du même programme ou « Twisted Summer », issu de Ici et réarrangé pour grand ensemble, l’orchestre fait gonfler le son en prenant de l’ampleur.

Les atmosphères changent et laissent tour à tour un peu plus de place, ici à un trio de cordes ou un saxophone, plus loin à un piano. Les bases académiques de la technique instrumentale sont bien évidemment acquises par ces jeunes musicien·nes. Mieux pourtant : les usages périphériques de l’instrument, cette grammaire qui a émergé depuis seulement quelques décennies dans le free jazz ou les musiques improvisées, sont également dans leurs doigts. Iels partagent désormais une langue commune d’une diversité sans pareille qui sert avec justice les arrangements complexes et toujours très modernes de Marc Ducret. On suivra donc les dates prochaines en Bretagne avant un enregistrement et un concert à Paris.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 22 mars 2026
P.-S. :

Marc Ducret (guitare, direction musicale), Beryl Benveniste (saxophone soprano/ténor), Liam Szymonic (saxophone alto/baryton), Lucille Moussalli (trompette), Sola Dault Makino (trombone), Thomas Mazaud (tuba), Lucien Lacquement (clarinette), Marianne Billaud (cor), Charles Thuillier (contrebasse), Matthieu Chamblas (violoncelle), Paul Erdmann (alto), Lisa Murcia (violon), Lucas Cord’Homme (vibraphone, marimba), Antonio Barcelona (batterie), Bettina Martinez (piano), Liam Besombes (ingénieur du son)