Chronique

Ramon Pipin

C’est mieux que si c’était pire… C’est pire que si c’était mieux

Label / Distribution : Auto Productions

S’il est certain que Ramon Pipin a marqué la génération post soixante-huitarde avec le tube « Oh ! Les Filles » paru en 1973 sur le 33 tours Twist d’Au bonheur des dames, c’est surtout avec le groupe Odeurs qu’il a attiré l’attention d’un public biberonné au rock et au jazz. Le disque culte No Sex enregistré au studio Ramsès durant l’automne 1979 voyait la participation de membres de Magma, Stella Vander, Lisa Deluxe, Klaus Blasquiz, Patrick Gauthier, Bernard Paganotti, Guy Khalifa, sans parler de nombreux expérimentateurs de premier plan dont Richard Pinhas, François Bréant ou Francis Lockwood. Le single de 2017 « Qu’est-ce que c’est beau » et le dernier album daté de 2024 Chants Électriques furent les catalyseurs de cette dernière galette qui vient de sortir sous la forme de deux EP avec ces titres évocateurs de notre époque incertaine, C’est mieux que si c’était pire… et …C’est pire que si c’était mieux.

Le lancement de ce disque réalisé à Paris au Café de la danse met en évidence la fausse naïveté teintée d’humour caustique qui caractérise la personnalité de Ramon Pipin. Agrémenté de seize titres, ce dix-huitième album est enrichi de textes destinés à abolir toutes les convenances comme avec « Les Chiffons » et ses rythmes électroniques soulignés par des chœurs désopilants. L’ombre de Frank Zappa se profile plus d’une fois dans ces comptines facétieuses ; il suffit de se laisser emporter par les ambiances loufoques qui animent « Soyez gentils avec Mme Kaplan » et « Crash boom bang ! » pour saisir l’importance accordée aux harmonies dans ces morceaux surréalistes. Ramon Pipin a toujours le souci d’amener les auditeur·trices dans son univers avec beaucoup de soin. Sa liberté expressive atteint encore plus facilement son but aujourd’hui au vu de la sinistrose ambiante. À cet égard, les paroles tout à la fois malicieuses et iconoclastes portées par des riffs guitaristiques dérivés du British blues dans « Est-ce que tu sais ? » sont irrésistibles

Inclassable ad vitam æternam, Ramon Pipin continue de célébrer la liberté poétique. Il est également infatigable si l’on pense qu’il lui a fallu la bagatelle de sept cent heures pour réaliser cet album. Parmi le panel important de musicien·ne·s réunis dans cette belle aventure, on retrouve l’inusable Jean-Mi Kajdan qui se fend d’un solo sur « L’Ami à louer ». Sur la pochette au recto, Ramon Pipin apparaît dans une nuée de couleurs vives, radieux comme l’est le quatuor à cordes composé d’Anne Gravoin, David Braccini, Jonathan Nazet et Cyrille Lacrouts qui égaye le morceau-titre « C’est mieux que si c’était pire ». Maussade, la photo au verso apporte un contraste radical et ne laisse guère espérer des jours meilleurs. Disque chaudement recommandé.

par Mario Borroni // Publié le 5 avril 2026
P.-S. :

Franck Amand (d, perc), Bertrand Auger (cl, fl, strings and reeds arr), Cyril Barbessol (kbd), Inès Damaris (back voc), Sarah Duquenoy (lead voc), Audrey Gastebois (back voc), Stef « Bubu » Buriez (lead voc on 7), Brice Delage (lead g), Michaël Ohayon (g), Jean-Mi Kajdan (lead g on 13), Rachelle Plas (hca on 3), Christophe Saunière (harp on 10, 12), Marc Perier (b), Anne Gravoin (1st vln), David Braccini (2nd vln), Jonathan Nazet (alto), Cyrille Lacrouts (cello), Ramon Pipin (voc, kbd, lead g on 11, programming)