Scènes

SaazBuzz jazz construit les ponts

Retour sur une soirée du festival pleine de couleurs.


© Mohsen Shahmardi

SaazBuzz Jazz Festival, nouveau festival de jazz lancé à Paris du 11 au 13 juin 2025, cherche à dépasser le cadre d’un simple événement musical. Il réunit des artistes du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et d’autres régions pour explorer le jazz comme un espace de dialogue entre traditions culturelles et improvisation contemporaine.

Au cœur de cette première édition se trouve la rencontre entre héritage musical arabe et moyen-oriental, jazz et échange artistique. Les deux premières soirées, organisées au New Morning — auxquelles nous n’avons malheureusement pas pu assister — ont notamment proposé une Persian Jazz Night et accueilli, entre autres, le célèbre oudiste Rabih Abou-Khalil.

Nous avons assisté à la troisième soirée du festival, qui s’est tenue dans le cadre du légendaire théâtre Trianon, le 13 juin, dans un contexte lourd : le lendemain du premier bombardement israélien contre l’Iran, marquant le début du conflit entre les deux pays. L’atmosphère était donc tendue, d’autant plus que quelques musiciens et organisateurs avaient des proches en Iran. Pourtant, rien n’était plus éloigné du climat destructeur d’un conflit ultra-technologique que la musique et l’énergie qui ont animé cette soirée.

Le concert s’est ouvert avec deux pièces interprétées d’abord en duo, puis en trio, réunissant le pianiste Amir Darabi, le violoniste Layth Sidiq et la chanteuse Delaram Kamareh, celle-ci portée par une voix exceptionnelle.
Le second morceau s’est articulée autour d’un rythme subtil en 2-2-3-3, alliant grande précision d’exécution et envolées lyriques du violon, pour une performance à la fois raffinée et émotive.

Faraj Suleiman quintet © Mohsen Shahmardi

Le quintet, dirigé par le pianiste Faraj Suleiman, a ensuite proposé une fusion audacieuse entre rock (aux accents métal), jazz et musique arabe (maqâm). Naviguant dans des formes longues mais sans réelle improvisation ni variations marquées, les transitions entre les sections des morceaux pouvaient parfois paraître un peu abruptes, sans que l’énergie ne faiblisse. Si les passages avec articulation et un accent mélodique plus « arabes » étaient réservés au piano solo, c’est surtout le batteur Karl Jannuska qui semblait le plus en phase avec l’esprit de la musique, assurant la cohésion du groupe.
Simon Martineau à la guitare et Pierre Millet à la trompette formaient un duo dynamique, tandis que la contrebasse de Frédéric Chiffoleau semblait parfois en retrait. Le pianiste a su conquérir le public en chantant l’un de ses titres, repris en chœur par la salle.
Le point culminant du concert fut une pièce en 10/4, construite autour d’un tétracorde très intéressant, qui évoluait ensuite en 15/8 avant de culminer dans un final puissant mêlant sonorités orientales et heavy-metal. Faraj Suleiman a imposé une direction artistique forte, offrant au public une plongée unique dans un univers musical à la croisée des chemins.

Aziza Mustafa Zadeh © Mohsen Shahmardi

Le festival s’est clôturé par un beau concert d’Aziza Mustafa Zadeh qui proposait une fusion orientale sophistiquée, portée par un jeu de piano au phrasé quasi classique, mêlant contrepoint intérieur et richesse sonore, ainsi que par sa voix et sa posture de diva, à la fois expressive et maîtrisée. Le troisième morceau, « Lamento », s’est révélé particulièrement captivant. Les pièces, généralement courtes, restaient contenues, sans grandes envolées improvisées. La surprise de la soirée fut la participation de son fils, Ramiz Han, invité spécial au piano sur trois morceaux : il a impressionné par son énergie débordante et sa virtuosité précoce. Le trio, composé de Ralf Cetto (basse et contrebasse) et Simon Zimbardo (batterie), affichait une grande cohésion rythmique, apportant une base solide et nuancée. Le moment fort du concert fut « Dance Fire », une pièce vibrante où Layth Sidiq, encore une fois, rejoignait la formation au violon, accompagné d’un autre instrumentiste invité, mettant en valeur l’ambiance de paix nécessaire à la musique.