Chronique

Léo Heitz

Satchmo

Label / Distribution : Editions Jungle

Des souris, des surmulots, des rats : des muridés anthropomorphiques tenant plus des Juifs dans Maus d’Art Spiegelman que de Mickey (encore que les premiers comics le représentaient sous la forme d’un hobo) tiennent lieu de personnages dans ce roman graphique évocateur, quelque part, d’épisodes biographiques de Louis Armstrong -son enfance à La Nouvelle-Orléans.

Sans divulgâcher l’histoire, dévoilons le fait que le héros, Satchmo donc, est un cornettiste surdoué, qui quitte la capitale de la Louisiane (les bordels, la rue, le bagne pour enfants, le racisme) pour monter à Chicago (et ses mafieux mécènes) et dépasser son mentor (une évocation de King Oliver), et se fait voler l’une de ses créations par un orchestre de rats… blancs - un peu comme l’Original Dixieland Jazz Band, un orchestre de musiciens blancs, édita en 1917 le premier acétate de jazz, spoliant les créateurs originels, noirs, de cette musique nouvelle.

Les couleurs, noir et blanc avec des nuances de gris, de rose orangé et de brun rabattu ont un côté faussement sépia quand elles ne sont pas bousculées par le rouge du sang. Le découpage des planches tient en haleine, par une orientation toujours renouvelée des angles de prise de vue et des cadrages permettant d’alterner séquences réalistes et oniriques avec la cruauté en ligne de mire. Un grand soin est porté à la représentation des instruments de musique, en particulier du cornet, toujours un peu cabossé. Le récit est très cinématographique jusque dans la représentation des sons hors phylactères : des bruitages représentant la violence plus que la musique.
Un ouvrage de fiction qui rappelle que l’univers des premiers musiciens de jazz, issus des ghettos noirs, pouvait déborder de violence.