Chronique

Shifa شفاء,

Rachel Musson (ts), Pat Thomas (p), Mark Sanders (d, perc).

Label / Distribution : Discus Music

Shifa dérive d’un mot arabe qui signifie guérison. Le monde a besoin d’un remède puissant et les tempêtes qui se déclenchent dans ce disque n’en sont que plus salutaires. Nul besoin d’une armada de musicien·nes pour atteindre ce but, la force qui imprègne cette musique provient seulement de trois artistes.

Longue pièce de quarante-six minutes, « Ecliptic » fut captée en février 2023 au Café Oto de Londres, lieu incontournable dédié aux musiques expérimentales. Rachel Musson est une habituée de cette salle de concerts où elle présenta son œuvre I Went This Way, mélange réussi de spoken word et d’improvisations. Proche des rugosités du son de Gato Barbieri, la saxophoniste ténor ne s’économise pas, elle vampirise les interactions de ses deux collègues, ne leur laissant pas d’autre choix que de se greffer à ses interventions bouillonnantes. Encore adolescente, Rachel Musson avait succombé aux joies de l’improvisation après s’être confrontée au batteur Steve Argüelles lors d’un stage à Glamorgan au Pays de Galles d’où elle est originaire. Depuis, elle est devenue une instrumentiste recherchée pour ses audaces musicales et qui n’hésite pas à se lancer dans diverses expériences dont l’apprentissage de la flûte traversière indienne, le bansurî.

Dix ans séparent le prix Paul Hamlyn Foundation for Artists attribué en 2014 à Pat Thomas et celui de Mark Sanders en 2024. Les deux hommes déclenchent simultanément des abstractions rythmiques semblables à un feu d’artifice. Nourri aux champs exploratoires initiés par Tony Oxley avec son Celebration Orchestra, le pianiste agrémente cette prestation en public par ses phrasés hétérogènes. Depuis des décennies, le batteur ne cesse de propulser le gotha des musicien·nes de free-jazz anglo-saxons, il accomplit des prouesses tout au long de cet enregistrement.

Une courte accalmie survient par l’entremise du jeu épuré de Mark Sanders qui oriente la musique dans une nouvelle dimension à partir de vingt-huit minutes. La plénitude s’installe en douceur avec les notes parsemées sur le clavier de Pat Thomas. L’accent mélodique prime et met en valeur la beauté du son écorché de Rachel Musson. Authentique, le trio Shifa est empreint de charisme et permet à cette performance d’agir comme un catalyseur de bonnes énergies.

par Mario Borroni // Publié le 25 janvier 2026
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