Chronique

Simon Rummel Ensemble

Im Meer

Label / Distribution : Umlaut/Orkhêstra

L’air de rien, le Simon Rummel Ensemble, réuni pour le label Umlaut autour du jeune compositeur (mais aussi claviériste et violoniste), accueille plusieurs générations de l’avant-garde allemande en un seul orchestre de onze pupitres. Il accueille aussi une Biélorusse, l’harmoniumiste Oxana Omelchuk, un Polonais, le violoniste Radek Stawars et un Français, le clarinettiste de Fenêtre Ovale Joris Rühl. L’ensemble est une construction patiente, presque autant que le propos d’Im Meer. S’y côtoient Lucia Mense, une flûtiste familière de la musique baroque qui exerce ici sur des instruments sur mesure, aux dynamiques souvent puissantes, et le percussionniste Michael Griener, pur produit de la musique improvisée allemande qu’on a notamment vu aux côtés d’Ellery Eskekin. C’est l’idée de ce disque court, d’une trentaine de minutes : illustrer une progression transitionnelle, aller d’un point à l’autre de l’orchestre dans une sorte d’immense travelling qui nous rapproche peu à peu du cœur des échanges.

Im Meer en allemand se traduit « Dans la mer », et c’est vrai que tout au long du morceau, c’est une sensation qui s’impose : l’harmonium qui d’abord suggère les vaguelettes et se confond peu à peu avec le mélodica du chef d’orchestre. Peu à peu, la trompette d’Udo Moll apparaît comme en toile de fond, puis le trombone du fidèle Matthias Muche qui vient donner de la profondeur avant que les clarinettes de Georg Wissel et de Rühl ne soulignent les gouffres naissants qui tranchent avec la relative quiétude de la flûte. L’orchestre enfle à mesure que le temps passe, et à la fin du premier tiers du morceau unique, la clarinette basse tangue et c’est le tuba de Carl Ludwig Hübsch qui sillonne les abysses en compagnie d’effets électroniques très discrets de Ketonge, une figure underground des scènes munichoises. L’arrivée de ces derniers dans la mêlée décide, au milieu du disque, de bifurquer vers une direction moins balisée, faisant davantage fi des quelques notes griffonnées par Rummel.

Car ce disque est le fruit de trois intenses jours de réflexion collective, de propositions alternatives et d’échappées belles. Le matériel de départ est court voire pauvre, même si les idées sont foisonnantes et la ligne directrice assez claire. Il s’agit de laisser très en avant les flûtes construites par Klaus Grunwald et de jouer à marier les timbres mais aussi à les opposer vivement, comme un corollaire nécessaire (percussion/flûtes, mais également trompette/trombone/tuba). Im Meer est une œuvre étrange, marquée par la musique contemporaine dans sa grande sophistication. Un plongeon salutaire.

par Franpi Barriaux // Publié le 4 février 2018
P.-S. :

Simon Rummel (comp, melo, objets), Lucia Mense (fl), Joris Rühl (cl, bcl), Georg Wissel (as), Carl Ludwig Hübsch (tu), Radek Stawarz (vln), Ketonge (voc, fx, elec), Oxana Omelchuk (keyb) Udo Moll (tp) Matthias Muche (tb), Michael Griener (dms)