Scènes

Stéphane au Pays des merveilles.

Retour sur l’histoire et l’actualité du trompettiste le plus touchant du jazz français.


A sa sortie le 17 mars, le nouveau disque de Stéphane Belmondo, Wonderland, en hommage à Steve Wonder, a beaucoup fait parler de lui. Le 9 mars, il donnait un concert au New Morning.

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Les Frères belmondo au Sunset le 26/02/04

Il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui, le cadet des frères Belmondo est l’un des meilleurs exemples de la bonne santé du jazz français. Les comparaisons étant toujours faciles dans le monde de la musique, Stéphane Belmondo fait, lui, partie de ceux qui jouent le rôle de référence. Agé de 36 ans, c’est avec grand bonheur qu’il nous livre son premier disque en solo et leader. Il semble qu’il ait envie de prendre son envol même si son frère Lionel n’est jamais très loin…

Cet enfant du sud de la France a un parcours musical exemplaire dont beaucoup de musiciens rêvent. Très jeune, il apprend l’accordéon, mais délaisse cet instrument en 1977 pour prendre des cours de trompette avec Marcel Boyer. En 1984, il obtient le premier prix du conservatoire d’Aix-en-Provence et en 1986 celui du conservatoire de Marseille. Cette même année, il s’installe à Paris et commence à faire le bœuf avec Alain Jean-Marie, Claude Bolling, Pierre Michelot, René Urtreger… Mais surtout, un soir de 1987 Chet Baker invite Stéphane sur la scène du New Morning et le présente comme le trompettiste le plus prometteur de sa génération.

Depuis 15 ans, il multiplie les collaborations plus prestigieuses les unes que les autres. En 1993 il sort avec, Lionel, leur premier disque en quintet : Lionel et Stéphane Belmondo Quintet. Suivra en 1994 For all friends. Mais c’est en 1998 pour la sortie de leur troisième disque sur le label Shaï, Infinity, que le public se rend compte de la beauté et de la puissance de leur musique. Un peu à l’image des frères Brecker (Michael et Randy), Lionel et Stéphane évoluent pour nous faire partager une musique riche et profonde.

L’année dernière, Hymne au soleil, leur hommage aux deux compositeurs Lili Boulanger et Maurice Duruflé fut très remarqué pour la sensibilité des arrangements de Lionel et la sincérité musicale de Stéphane. C’est dans cette même ambiance chaleureuse que s’est déroulé le concert du 9 mars au New Morning pour la sortie de Wonderland.


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S. Belmondo au New Morning le 9/03/04 par X. E.

Il fallait s’en douter, ce soir-là, la salle était comble. Stéphane est visiblement très ému de présenter sur scène son projet. Il propose une soirée en deux parties. Deux sets d’une heure chacun, forts en émotions. C’est d’abord en quartet qu’il présente la musique de Stevie Wonder : Eric Legnini au piano, Paul Imm à la contrebasse et Laurent Robin à la batterie. La sonorité chaude et dépouillée rend chaque thème de Stevie unique. Le second thème joué, « All in love is fair », prend une symbolique toute particulière. Stéphane choisit cette ballade pour rendre hommage au grand chanteur de variété française mais si proche du jazz, Claude Nougaro. L’introduction poignante d’Eric Legnini, en solo, fait monter les larmes aux yeux de Stéphane. Le solo de ce dernier transforme cette ballade en vrai poème musical. La trompette et le bugle de Stéphane possèdent un grain et une force cuivrée très particulière. Sa très grande technique des deux instruments donne à chaque thème une énergie incroyable.

Après une heure de pur bonheur en quartet, Lionel rejoint la scène accompagné de six musiciens dont Bastien Stil au tuba et l’ami intime de Stéphane François Théberge à la clarinette. Réunir une telle formation sur scène était un rêve d’enfant, confie-t-il au public. La présence de tous ces vents - flûtes, clarinettes, tuba, cor, trompette et bugle -, donne une autre dimension au concert. Les arrangements précis et pertinents de Lionel laissent le champ libre à Stéphane. Il usera de cette liberté jusqu’à jouer d’un coquillage sur l’introduction très ethnique de « The Secret Life of Plants ».

Stéphane Belmondo semble être aujourd’hui à son meilleur niveau. La puissance de son discours laisse présager encore bien des surprises, à l’image de ce disque qui met en avant les talents d’écriture de Stevie Wonder.