Chronique

The Bad Plus

Complex Emotions

Reid Anderson (b) ; Dave King (d) ; Ben Monder (g) ; Chris Speed (ts)

Label / Distribution : Mack Avenue Records

The Bad Plus a bâti une part de sa notoriété sur son goût des reprises. D’Ornette Coleman à Aphex Twin, en passant par Black Sabbath, Nirvana et Stravinsky, ce sont un art de la relecture et une volonté d’éclectisme revendiqués bien haut.

Mais sous l’éclectisme, une constante. Celle d’une musique qui fonctionne à l’énergie, se déploie comme entre les quatre cordes d’un ring. Un power trio, dans la lignée des formations de Jim Black ou de Medeski Martin & Wood (même si peut-être pas tout à fait dans la même division).

Après vingt-et-un ans d’une carrière fondée sur une formule piano-basse-batterie (avec un changement de pianiste en 2018), les membres fondateurs Reid Anderson (basse) et Dave King (batterie) ont décidé de rompre avec la routine en travaillant désormais avec un guitariste et un saxophoniste.

L’un, Ben Monder, s’est promené avec Paul Motian, Théo Bleckmann ou l’orchestre de Maria Schneider. L’autre, Chris Speed, carrière solo déjà conséquente, est aussi habitué du Claudia Quintet du grand John Hollenbeck comme de – tiens, tiens – Jim Black.

Le trio, devenu quatuor, n’a pas perdu son identité : une pâte sonore vigoureuse, directe, batailleuse.
Quelques synthétiseurs invités à en découdre viennent ajouter encore un peu de muscle à cette mécanique.

Car Complex Emotions envoie coups et secousses.
Une grosse cavalerie réjouissante de puissance et de brutale simplicité sur« French Horns ».
Un registre plus proche de la corde à sauter avec le balancement sur motifs répétitifs, subtilement entourés de perturbations rythmiques, de « Carrier ».
Ce, juste avant de se faire embarquer par le thème de « Cupcakes One », projeté comme un bolide.

« Li Po », pour conclure, hommage au poète chinois maître de l’épure. Ici, le groupe ralentit. Le thème se suspend puis se tend en crescendo, monte, inquiétant, avant un angoissant effet de vide qui nous laisse un peu sonné.
On n’a pas perdu beaucoup de son punch chez les Bad Plus.

par Aymeric Morillon // Publié le 28 septembre 2025
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