Tribune

Thelonious Monk en France

Descriptif : 33 + 45 = 78
Chronique actuelle d’un disque 33 tours, ou 45 tours, ou même 78 tours !


En 1952 et 1954 Monk enregistre pour le label U.S. Prestige des disques qui n’auront guère de succès là-bas, sur le moment au moins.

Exactement le même programme. Insurpassable. En 1952 et 1954 Monk enregistre pour le label U.S. Prestige des disques qui n’auront guère de succès là-bas, sur le moment au moins. En France, Barclay négocie (en 1958, soit quatre ans plus tard) les droits et achète une splendide photo d’Herman Leonard.


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Résultat : ce disque du trio, Monk halluciné, entre génie et folie, ça passe parfaitement chez nous. À l’époque j’achète le 45 tours qui y correspond, et je passe ça en boucle. Dans « Jazz Hot » et très vite dans « Jazz Magazine », le nom de Thelonious Monk revient souvent, moins associé au bebop qu’à l’idée d’un créateur original dont la musique, surprenante et pleine d’arêtes vives, est destinée à engager le jazz dans de nouvelles voies. À la batterie les noms d’Art Blakey et de Max Roach, à la contrebasse Gary Mapp et Percy Heath. Dans ses notes de pochette, André Francis écrit : « Pour de nombreux auditeurs, Monk semble encore le monsieur qui systématiquement frappe sur la note à côté de celle attendue. L’écoute répétée de ce disque leur permettra de se rendre compte qu’une fois l’effet de surprise passé, les affirmations de Monk sont des plus logiques, d’une logique simplement un peu en avance sur notre routine. »
Quelques années plus tard - entre temps Monk a fait la une de « Times Magazine » - c’est sous la houlette de Pathé-Marconi avec le label Prestige français que le même disque est publié à nouveau. La couverture est de Jean Vern, qui réalisera aussi les pochettes d’un Rollins et d’un Dolphy.


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La « folie » du regard est maintenant masquée par les lunettes, mais la barbe en pointe et surtout le chapeau connotent une originalité qui doit se voir. Notes de pochette non signées, qui citent LeRoi Jones (Amiri Baraka) : « Monk a accédé à l’estrade centrale de la culture populaire ». Les noms de Mingus, Don Cherry, Eric Dolphy, Archie Shepp et John Coltrane sont cités parmi ceux que Monk « a rendu possibles ». LeRoi Jones encore : « Monk est un vieil homme au sens où il a à sa disposition des faits dont tout pianiste ou tout homme pour cette raison pourrait tirer un enseignement. » La distinction entre pianiste du continu et du discontinu est faite dans ces années-là par Michel-Claude Jalard. Lisez cet auteur s’il vous plaît, il est aussi « actuel » que Monk lui-même.
Au programme de ces disques : « Blue Monk », « Just A Gigolo », « Bemsha Swing », « Reflections », « Little Rootie Tootie », « Sweet And Lovely », « Bahia », « Monk’s Dream », « Trinkle Tinkle », « These Foolish Things ».