Trio Ivoire
Resurrection
Hans Lüdemann (p), Christian Thomé (b), Aly Keita (balafon)
Label / Distribution : Intuition
Depuis que le COVID a mis le temps dans la seringue, des éternités nous semblent hier. Et s’il nous semblait avoir quitté le pianiste Hans Lüdemann et son trio Ivoire il y a quelques mois seulement, voilà six ans maintenant qu’il nous proposait une version XX avec Alexandra Grimal et Lisa Wullf, et même 12 ans depuis Timbuktu. De quoi parler de Résurrection ? Quoi qu’il en soit, c’est avec son batteur de toujours Christian Thomé et le balafoniste Aly Keita que l’on retrouve Lüdemann pour une virée à trois dans ce jazz épris d’Afrique. Dès « Resurrection », le morceau-titre d’ouverture, on retrouve l’orchestre très joueur, avec piano et balafon qui s’entrecroisent et Christian Thomé qui ponctue cela avec beaucoup de malice et un jeu hâbleur. Joie de se retrouver, joie de jouer, le cocktail est idéal : il y a des courses poursuites et défis à l’ordre du jour de « Wüsten-Maus », où le piano joue ostinato une idée fixe qui court sur le balafon. Pétillant et exubérant.
C’est avec « Hommage à Ligeti » que le propos se fait plus dense, sans rien perdre de son côté turbulent. Hans Lüdemann retrouve son piano virtuel, capable d’aller chercher les quarts de ton pour une tournerie entêtante où le balafon a sa large part, ponctuant et jouant en miroir avec le piano. Plus réservé, Thomé s’attache au fond en ponctuant aux cymbales une discussion en cylindre assez envoûtante. Plus loin, avec « The Promise », on retrouve cette même configuration, le piano cette fois-ci tournant autour d’un ostinato d’Aly Keita. Ici, c’est davantage le timbre qui motive le trio Ivoire plus qu’une africanité qui n’a pas à être réclamée.
Paru sur le label Intuition, fidèle aux travaux du trio, Resurrection est avant tout un ouvrage sur l’amitié qui lie Lüdemann et Aly Keita ; on retrouve d’ailleurs des photos dans le livret qui datent de 1999 et montrent à quel point ce trio est crucial dans la carrière des musiciens. On le confirmera avec « Vol léger », improvisation qui clôt l’album comme un air de fête. Sur le jeu simple et minimaliste de Keita, qui suit le groove tranquille de la batterie, Lüdemann ponctue un temps qui se décale avec son piano virtuel. L’histoire se noue et évolue comme un engrenage implacable qui cherche à nous faire dandiner. Mission accomplie.

