Chronique

Aki Takase/David Murray

Cherry Sakura

Aki Takase (p), David Murray (ts, b-cl)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Il est des formations qui n’ont pas besoin de jouer tous les soirs pour établir d’entrée une complicité fondée moins sur le travail en commun que sur une perspective partagée sur la musique. Ainsi Aki Takase peut-elle développer sa modernité en rejouant Fats Waller à sa manière, David Murray reprendre les rythmes cubains, ils se retrouveront en chaque occasion, précisément à cause de leur plasticité. Plus de vingt ans après leurs premières rencontres (je me souviens d’un phénoménal concert à Parthenay en 1996, dans le cadre de « Jazz au fil de l’eau ») les voici qui récidivent avec une passion intacte, et une qualité de jeu peut-être encore mieux affirmée.

J’ai souvent qualifié le style de David Murray de « Middle-Free », et je maintiens ce mot qui veut réunir ce qui, dans son jeu, est issu de Coleman Hawkins et Ben Webster, et ce qui provient de la source aylerienne. Avec, au bout du compte, une façon bien à lui de phraser en dérapant juste ce qu’il faut, et une manière de s’emparer de la clarinette basse fort originale, même si Dolphy n’est pas loin. La réunion du savoir et de l’émotion par deux artistes qui nous auront accompagnés au long des années, sans jamais nous lâcher. On leur en sait gré.