Entretien

Andy Emler

Andy Emler MegaOctet à la Buissonne

En décembre 2017 le MegaOctet d’Andy Emler enregistrait A Moment For au studio de la Buissonne. Une étape de choix dans le parcours de l’orchestre qui fêtera ses 30 ans en 2019. Le compositeur s’explique sur le huitième album du groupe.

- Quelle est la thématique de votre nouveau répertoire ?

Observer et constater certains comportements humains qui ne progressent pas : la cupidité et le pouvoir comme seules valeurs, voire seuls moteurs. Prenons un moment pour nous poser les bonnes questions, réfléchir ensemble et choisir les bonnes directions. C’est en gros la thématique qui a inspiré l’écriture de ce nouvel album.

- Comment l’avez-vous composé ?

J’ai gardé le même fonctionnement que pour les précédents disques : j’écris pour les musiciens de l’orchestre ; nous nous connaissons bien et prenons plaisir à être ensemble. J’entends bien le son du groupe maintenant et j’ai conscience de ce que chacun peut amener à la construction de l’édifice.

- Quelle a été votre démarche pour faire travailler ce répertoire aux membres du groupe ? Avez-vous glissé de nouveaux morceaux dans les concerts au fur et à mesure de leur écriture ?

Non, je m’impose ce travail comme une nouvelle commande : chaque morceau est écrit pour un soliste avec des liens entre chaque pièce (je leur demande parfois de quoi ils ont envie ce coup-ci avant d’écrire) Puis un final résume l’ensemble : Flight Back. Dans A Moment For il y a quelques difficultés mais rien de très sérieux pour de tels virtuoses. Pas comme dans le précédent opus en quartet (Running Backwards) avec Marc Ducret, Claude Tchamitchian et Eric Echampard. Là c’était techniquement difficile, et pour le pianiste je ne vous en parle même pas !

Andy Emler photo Christophe Charpenel

- Vous restez fidèle à La Buissonne ; comment s’est déroulé l’enregistrement ?

Nous sommes restés deux journées : le premier jour nous avons joué deux à trois versions de chaque pièce et deux inédits imprévus. Donc plus de vingt prises ont été enregistrées par Gérard de Haro en quelques heures, c’est assez exceptionnel ! C’était tellement bien que sur le moment on ne savait pas que choisir. Donc le second jour nous avons fait beaucoup d’écoutes. Chacun d’entre nous se concentre sur le son et la cohérence de l’ensemble et sur sa propre interprétation. Gérard de Haro fait partie du groupe ; il est de très bon conseil dans ces moments-là. Nous avons une pleine confiance en son talent et son jugement. Il connaît chaque musicien et le son du groupe. L’orchestre sonne terrible avant même le mixage !

Il ne faut pas être trop sérieux, le monde qui nous entoure l’est suffisamment

- Cachez-vous toujours des citations ?

Oui, plusieurs. Des citations de Moussorgski : Tableaux d’une exposition, entre autres, et encore et toujours la même : J’ai du bon tabac (rires) !

- Et ce choix des citations, est-ce un jeu, une marque d’identité du groupe ou quelque chose d’important dans le processus créatif ? Est-ce que les autres membres du Méga pourraient proposer des gimmicks ?

Bien sûr que tout le monde peut en proposer ! J’adore écrire sur commande et m’imposer des contraintes. Sinon, j’aime quand je trouve des citations à mettre en contrepoint dans l’écriture. Je me marre tout seul ; il ne faut pas être trop sérieux, le monde qui nous entoure l’est suffisamment (soupir).

- Le disque sortira accompagné qu’un DVD, qu’est-ce qui a motivé la création de ce dernier ? L’objet filmé apporte-t-il quelque chose par rapport au support phonographique ?

La Huit Production et le réalisateur Stéphane Jourdain avaient envie de filmer le MegaOctet en concert ; j’ai dit oui. C’est le magnifique film d’un concert au Parc Floral datant de juin 2017. Chaque concert de l’orchestre est différent. Chaque version d’un même morceau est différente. Il y a trois pièces de plus sur le CD et voir les musiciens jouer ces œuvres en public, c’est le pied, non ? Il y a également un commentaire du compositeur sur le DVD qui raconte et parle des musiciens et de sa musique.

- Voilà 30 ans que vous jouez avec la plupart des musiciens. Comment arrivez-vous encore à les surprendre ? À les pousser dans leurs retranchements ?

Je ne me pose pas ce genre de questions. Je ne cherche ni à surprendre ni à pousser qui que ce soit où que ce soit. J’aime les musiciens, les rencontres et j’écris de la musique. Après, ce que nous en faisons, c’est notre cuisine. Tous ces grands solistes sont d’une sincérité, d’une honnêteté artistique à toute épreuve et jamais je n’ai ressenti chez l’un ou l’autre une baisse de motivation. Je suis très privilégié de la confiance qu’ils m’accordent.

Séance d’écoute à la Buissonne photo Christophe Charpenel

- En 1989 on disait Mega, maintenant pensez-vous rebaptiser votre orchestre en NonetDeOuf ?

C’est en effet un « nonette de ouf » qui joue du Acidorockoheavyjazzpopromanticodestroy ! Il nous faut justement un titre pour le projet des 30 ans du MegaOctet l’année prochaine.

- Quels sont vos projets ?

Le Emovin’ Ensemble avec Dominique Pifarély, Matthieu Metzger, Sylvain Daniel et Eric Echampard (une commande du festival Les Émouvantes), un nouveau récital pour tubas Tubafest 2 au Triton le 15 décembre prochain et un nouveau CD en duo avec Dave Liebman sur le grand orgue de Radio France pour fin mars 2019 (une commande du label Signature).
D’autres créations avec, entre autres, l’ensemble vocal corse A Filetta et un quartet. En 2019 nous fêterons les 30 ans du MegaOctet avec des concerts et des invités : Nguyên Lê, Thomas de Pourquery, Médéric Collignon.

par Christophe Charpenel // Publié le 7 octobre 2018
P.-S. :

La Huit présente, dans la collection Au son de sa voix, un concert du MegaOctet filmé au Parc Floral en juin 2017 qui contient quelques titres de A Moment for.... Le DVD propose une piste supplémentaire avec les commentaires d’Andy Emler et ses réponses aux questions de Stéphane Jourdain.
La Huit fait un travail de production remarquable en proposant en DVD des concerts et des documentaires sur les musiques improvisées et jazz d’aujourd’hui, une des trop rares occasions de voir de la musique.