Scènes

Bill Carrothers au Pannonica

Bill Carrothers est discret - trop discret au regard de son talent. Car c’est un des pianistes les plus originaux de ces dix dernières années. Auteur de disques très personnels ou d’œuvres plus classiques, l’Américain s’est récemment produit au Pannonica…


Bill Carrothers est discret. Trop discret probablement au regard de son talent. Car c’est un des pianistes les plus originaux de ces dix dernières années. Auteur de disques très personnels autour des chants de la Guerre Civile américaine, de l’Armistice de 1918, de la musique de Stephen Foster (en trio piano, voix, violoncelle) ou d’œuvres plus classiques en trio piano - contrebasse - batterie, cet Américain s’est récemment produit au Pannonica en compagnie de Nic Thys et de Rémi Vignolo, appelé à la rescousse pour pallier l’absence de Dré Pallemaerts, habituel batteur du trio.

La musique de Bill Carrothers est ancrée dans l’histoire du piano jazz. Ses compositions semblent souvent, au premier abord, d’une simplicité digne des chansons populaires. Mais ce qui fait la richesse de son jeu, c’est sa capacité à sortir des chemins battus, tant d’un point de vue harmonique que rythmique : il n’hésite jamais à déstructurer le propos pour ouvrir de nouvelles perspectives. Sa science du piano, impressionnante, lui permet toutes les fantaisies. Ses introductions notamment, incluent de subtils clins d’œil à des thèmes connus avant d’aboutir à l’exposé du thème. Le trio joue sur les silences, les ruptures, pour offrir une musique lunaire.


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Bill Carrothers © Hélène Collon

Nic Thys est depuis longtemps le bassiste de Bill Carrothers et on comprend pourquoi : toujours inventif - tant dans ses solos qu’en son accompagnement - et très actif, il dynamise l’ensemble et démontre une complicité de chaque instant avec le pianiste - il paraît capable d’anticiper sur ce que Carrothers va jouer… Quant à Rémi Vignolo, il a beau connaître le répertoire, il s’en sort superbement et son plaisir de jouer au sein du groupe se lit sur ses traits. Les regards échangés avec le pianiste sont taquins et complices, l’un n’hésitant pas à surprendre l’autre et inversement.
Voilà donc un trio d’une grande complémentarité - et très équilibré même si Carrothers en est le leader assumé.

Entre chaque morceau, ce dernier prend la parole, explique la composition à venir au travers de ce qui l’a inspirée, permettant ainsi au public de pénétrer dans son univers. Son humour est irrésistible et on rit bien qu’il s’exprime en anglais… Outre la qualité de la musique, voilà qui lui permet de mettre la salle dans sa poche. Deux rappels viennent d’ailleurs confirmer la joie des nombreux spectateurs…