Repérés depuis des années comme l’un des orchestres les plus raffinés d’Europe, les Norvégiens d’OJKOS, littéralement l’acronyme de Orchestre des compositeurs de jazz d’Oslo, proposent à intervalles réguliers des rencontres avec d’autres musiciens scandinaves, ou laissent, dans la plus pure tradition de ce genre d’exercice, carte blanche à l’un des membres de l’orchestre. Ainsi, Øyeblikk, nouvel album d’OJKOS, est le fruit du travail de la multianchiste Maria Dybbroe, qu’on avait pu entendre dans les précédents albums de la formation, comme le plus récent I Gapet, cornaqué par la saxophoniste Sigrid Aftret que l’on retrouve ici. On connaissait Dybbroe pour son engagement en faveur de la représentation des femmes dans le jazz avec MEUF et pour la finesse de son jeu ; on découvre avec cet album une écriture ouvragée et très contemporaine avec une vraie tentation chambriste. C’est le travail qu’elle mène avec Caktus, un quintet dont elle a gardé ici le noyau, Tobias Andreassen à la batterie et Thorbjørn Kaas au violoncelle.
Le résultat, c’est une musique qui définit un espace gigantesque, presque solennelle par moments à l’image de « Min Have » où les lumières du Nord tremblent dans le travail impressionnant des cuivres. Mais ce décorum est l’occasion pour Dybbroe d’aller chercher l’infiniment petit, témoin « Del ny år » où elle fait travailler le saxophone soprano de Camilla Hole et les clarinettes de Tina Lægreid Olsen comme autant de souffles minuscules et de contrepoints subtils aux différentes voies qu’elle emprunte, matérialisées par la guitare d’Arne Martin Nybo ou les trompettes de Lyder Øvreås Røed et Tancred Heyerdahl Husø. En dépit d’un canevas d’apparence chargé (deux batteries, deux contrebasses) et des cuivres qui règnent en maîtres, Dybbroe parvient à défendre une musique intimiste, presque fragile.
Certes, on retrouve la patte OJKOS dans l’orchestration, notamment sur le pupitre des trombones qui a toujours été un marqueur de l’orchestre. Certes, Andreas Rotevatn n’est plus là, mais Jørgen Bjelkerud, qu’on avait entendu avec Amalie Dahl, conserve ce subtil équilibre qui fait de cet orchestre un fleuron un peu à part dans le jazz européen. Le très beau « Kalvøya » et son petit matin de cordes au soleil paresseux d’un printemps scandinave sera le bel exemple d’une musique ravissante, très ouvragée mais simple et directe.

