Clélya Abraham tutoie les étoiles
A l’occasion de la sortie de son album Atacama, Clélya Abraham se confie.
Clélya Abraham © Louis Sechaud
Clélya Abraham chante, pratique le piano et compose. Née dans une famille de musicien·nes, elle a bénéficié d’une formation au Centre des Musiques Didier Lockwood. En 2020, elle a participé à l’enregistrement de l’album familial Abraham Réunion avec ses frères et sœurs Cynthia et Zacharie, ce qui leur a permis de se produire aussi bien en Norvège qu’à New-York. Elle franchit un cap en 2022 en enregistrant son premier album sous son nom La Source, bientôt suivi par le présent disque, Atacama. Nourrie par ses racines créoles et par la diversité des musiques d’aujourd’hui, Clélya Abraham entraine un public de plus en plus nombreux dans son univers poétique et profondément inspiré.

- Clélya Abraham © Anne-Laure Etienne
Née en 1994, Clélya Abraham baigne d’emblée dans la musique : sa mère enseigne le violon et son père le piano. Elle va rapidement pratiquer ces deux instruments dès son plus jeune âge. « À l’âge de quatre ans, j’ai pratiqué le violon au conservatoire et, vers ma septième année, j’ai abordé le piano. Je prenais des cours et ne ressentais aucune pression. Cet instrument me procurait un sentiment de liberté, contrairement au violon où j’avais des examens tous les trimestres. À quatorze ans, je me suis pleinement consacrée au piano : c’est devenu mon instrument de cœur, il offre beaucoup de possibilités rythmiques et harmoniques et j’ai rapidement pris beaucoup de plaisir à improviser ». La famille Abraham se caractérise par une grande diversité dans ses choix musicaux. Clélya découvre le jazz grâce à son frère Zacharie. « Il a sept ans de plus que moi et je me souviens qu’il mettait toujours beaucoup de musique à la maison, du jazz et en particulier Miles Davis. De plus, il prenait soin de toujours bien expliquer ce qui se passait dans ces enregistrements. Mon père se passionnait pour la salsa de même que pour les pianistes insulaires : Alain Jean-Marie, Mario Canonge, et ma mère écoutait de la musique brésilienne. Quant à moi, j’ai tout d’abord été inspirée par la musique classique ainsi que par ce qui tout ce qui sortait dans l’actualité et qui correspondait à ma génération. J’ai également rapidement été conquise par le jazz caribéen ».
J’ai énormément travaillé sur moi dans des domaines qui n’ont pas de lien spécifique avec la musique mais qui contribuent à créer des réalisations spontanées
En compagnie du batteur Arnaud Dolmen, la fratrie Abraham, composée de l’aîné Zacharie à la contrebasse, de la cadette Cynthia au chant et de la benjamine Clélya au piano, enregistre un album fort bien accueilli. Mais c’est La Source qui va lancer la carrière soliste de Clélya Abraham. « C’est une musique insulaire où ressurgissent les racines paternelles guadeloupéennes ainsi que le maloya de La Réunion. Il y a aussi des influences classiques et cinématographiques qui s’accolent au jazz contemporain ». L’ultime album Atacama va encore plus loin. Clélya Abraham s’y révèle comme une compositrice inspirée, son esprit s’évade dans la voûte céleste mais elle garde les pieds sur terre. En esquissant un pas de danse, elle rend hommage aux musiques ancestrales. « Le ciel étoilé évoque la spiritualité, je cherche à alchimiser la situation actuelle et à la transformer en énergie positive afin de garder espoir. En dehors de la musique, mon inspiration provient aussi d’autres personnages transformateurs que je vais voir : ils m’apaisent. Il faut garder une ouverture d’esprit qui corresponde à la définition du jazz. Sinon avec internet on demeure ouvert à énormément de choses : c’est simple, je vais vers ce qui résonne en moi. »
La part d’improvisation chère à Clélya Abraham témoigne bien de sa curiosité et de son aisance à communiquer. Ses conversations musicales avec les membres de son quartet l’ont conduite à des réflexions avisées. « Je ressens de plus en plus quelque chose de naturel lorsque j’improvise, j’arrive à percevoir des sensations plaisantes et réfléchies. J’ai énormément travaillé sur moi dans des domaines qui n’ont pas de lien spécifique avec la musique mais qui contribuent à créer des réalisations spontanées. Par cet exemple, j’arrive à transcender l’état de fatigue ». Si le piano demeure l’instrument de prédilection de Clélya Abraham, son chant velouté crée une atmosphère magnétique dans son dernier album. Elle accompagne son jeu pianistique par une expressivité vocale qui privilégie la douceur plutôt que la frénésie. « J’ai toujours chanté à la maison ainsi que dans une chorale, mais j’ai pris peu de cours. Le chant m’aide à trouver mes mélodies, contrairement au piano - les doigts, c’est mécanique. J’aime bien le lien qui se crée entre la voix et le piano, ça communique. Sinon, j’ai récité un poème personnel intitulé « Espérance » en clôture de l’album. Le guitariste a insisté pour qu’on l’enregistre, je me suis laissée emporter par le son de sa guitare. J’avais écrit de nombreux poèmes, tout cela se réalise avec facilité ».

- Clélya Abraham © Anne-Laure Etienne
La place importante dévolue au cosmos par Clélya Abraham est indissociable de ses explorations intérieures. « Il m’arrive d’avoir le trac, mais quand je touche à ce parfait alignement intérieur, une grande joie m’envahit. Il est primordial de savourer ce qu’on est en train de réaliser avec les musicien·nes qui sont à nos côtés. » Elle désire se produire avec son quartet composé de Kévin Lazakis à la guitare, Samuel F’hima à la contrebasse et Ananda Brandão à la batterie. Elle souhaite aussi enregistrer un nouvel album avec sa fratrie, ce qui démontre son attachement profond à sa famille d’artistes.

