Scènes

Fauré chante Verlaine à Corneille

Un projet ambitieux autour des musiques de Gabriel Fauré, coutumier de Verlaine.


Elise Caron (c) Franpi Barriaux

Olivier Mellano est un guitariste aventureux, amoureux des voix et des teintes obscures des poèmes de Verlaine. On l’avait entendu dans le magnifique disque de John Greaves consacré aux textes de l’auteur, avec d’autres artistes d’une même famille. Avec Baum, il a monté un projet ambitieux autour des musiques de Gabriel Fauré, lui aussi coutumier de Verlaine. A Rouen, dans la si belle chapelle Corneille, point de Daho et de Katerine, mais une équipe de chanteurs que nous connaissons bien dans les contrées du jazz et de la musique improvisée, d’Élise Caron à Himiko Paganotti.

John Greaves, Sandra Nkaké, Himiko Paganotti, Olivier Mellano © Franpi Barriaux

Dans une mise en scène à la fois simple et solennelle, avec des jeux de lumières très fins, les chanteuses se succèdent, à commencer par Kyrie Kristmanson et son accent charmant qui donne aux textes une aura étrange. L’accent est au cœur de ce spectacle, avec la voix traînante et lunaire de John Greaves et la tonalité flûtée de Hugh Coltman qui donnent aux textes une teinte étrange et pleinement poétique, surtout lorsque les deux archets d’Anne Gouverneur et Maëva Le Berre viennent donner du relief aux textes.
Les chanteurs déambulent en silence, apparitions au sens fantomatique du terme qui viennent s’asseoir sur des petits bancs spartiates pendant que l’un d’eux chante. Le spectacle est continu, comme un programme de classique, et entre les chansons, les plages de silence renforcent le côté hors du temps qui emporte le spectateur.

De temps à autre, la guitare d’Olivier Mellano s’enflamme et expose des textures qui remplissent l’auditorium, comme s’il s’agissait de lâcher la bride à une tension que masque la légèreté alentour. Il faut dire que cette dernière est partout, telle une balle de coton à la fois douce et paralysante, une ivresse.
C’est sensible dès l’instant où Sandra Nkaké vient couper au couteau le jeu du pianiste Simon Dalmais ou quand Élise Caron illumine l’avant-scène. De même lorsque Himiko Paganotti vient de son timbre profond provoquer l’électricité de la guitare. Baum est un concentré de poésie païenne ; une musique parfaite pour les lieux consacrés.