Scènes

Fort en Jazz 2010 : Mama Africa

Deux formations très différentes se sont produites le 5 juin 2010 sur la scène de l’Iris de Francheville dans le cadre du Festival Fort en Jazz : Ballaké Sissoko & Vincent Segal, et le régional de l’étape, le saxophoniste lyonnais Lionel Martin, accompagné du chanteur éthiopien Asnaqué Guèbréyés. Deux groupes fort dissemblables, mais réussissant de belle manière la fusion d’un jazz occidental avec une pure musique africaine.


Deux formations très différentes se sont produites le samedi 5 juin sur la scène de l’Iris de Francheville dans le cadre du Festival Fort en Jazz : Ballaké Sissoko & Vincent Segal, et le régional de l’étape, le saxophoniste lyonnais Lionel Martin, accompagné du chanteur éthiopien Asnaqué Guèbréyés. Deux groupes fort dissemblables, mais réussissant de belle manière la fusion d’un jazz occidental avec une pure musique africaine.

C’est l’improbable mariage de la kora et du violoncelle qui ouvre la soirée. Derrière le son cristallin de sa harpe-luth mandingue à 21 cordes, le Malien Ballaké Sissoko ; archet en main derrière le second et ses sons profonds et mélancoliques, Vincent Segal. Tous deux entrelacent leurs dialogues intérieurs, expriment à deux voix une parole unique d’une étonnante limpidité, qui parle directement aux sens au-delà des frontières.

Tantôt Segal accompagne Sissoko en se servant de son violoncelle comme d’une contrebasse quand ce dernier improvise ; lorsque le violoncelliste improvise à son tour, de manière à la fois subtile et parfois surprenante, le Malien enveloppe son discours grave d’une nappe d’étoiles scintillante. Un concert acoustique intimiste, parfaitement adapté à cette salle de trois cents places.

Ce mariage est né d’une rencontre lors du Festival de jazz d’Amiens et la complicité s’est construite peu à peu. Formé à l’école classique, Vincent Segal a été accompagnateur, arrangeur de Cesaria Evora ou de Sting ; Ballaké Sissoko, grand maître de la kora, a pour sa part croisé la route de Taj Mahal ou du pianiste Ludovic Einaudi. Ces musiciens qui ont tous deux dans le sang le métissage et le goût de l’aventure musicale ont enregistré leur disque, Chamber Music à Bamako.


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Ukandanz © J.-L. Chauveau

Après le Mali, place à l’Ethiopie en deuxième partie. Après l’ambiance intimiste, l’exubérance électro-ethnique du groupe Ukandanz et sa solide rythmique, la guitare de Damien Cluzel, le ténor débridé du Lyonnais Lionel Martin et la voix vibrante du chanteur d’Addis Abeba, Asnaqué Guèbréyés. Maîtrisant à la fois le chant traditionnel éthiopien et l’ethnogroove, voire la création contemporaine, le chanteur africain se coule (de source, serait-on tenté de dire) dans le flot musical puissant pulsé par Lionel Martin, une vraie boule d’énergie qui l’amène à s’exprimer autant par son corps que par son instrument. Une étonnante symbiose, là encore improbable, entre cette musique, à la fois violente et canalisée, et les chants éthiopiens traditionnels. Une belle union qui n’est manifestement pas perceptible par tous car une partie du public quitte discrètement la salle. Pourtant, quel plaisir pour les autres !

  • Ballaké Sissoko et Vincent Segal
  • Asnaqué Guèbréyés (chant), Frédéric Escoffier (claviers), Guilem Meier (batterie), Lionel Martin (saxophone ténor) et Daniel Cluzel (guitare).