
Francesca Remigi
Witchess
Andrea Giordano (voc, fl, elec), Silvia Cignoli (g), Francesca Remigi (d), Alessandro Mazzieri (b), Naomi Nakanishi (kb)
Label / Distribution : Hora Records
« Roots of Gender Violence », cette bande-son se dépose avec clairvoyance dans ce disque qui renvoie à notre société désagrégée. On pénètre dans le monde onirique de Francesca Remigi qui nous fait part de ses tourments. Interrogatrice, profondément engagée et luttant contre l’oppression du capitalisme ambiant, la musicienne se fait la porte-parole des opprimé·es. Ses prises de positions liées aux inégalités sociales ou au combat féministe transparaissent avec un immense enthousiasme dans cet album Witchess.
« Caccia alle Streghe », cette chasse aux sorcières se poursuit aujourd’hui, en focalisant l’attention sur des minorités vulnérables. Rien ne se réalise par hasard dans cette musique exigeante : chaque sonorité, même infime, a une importance capitale. Francesca Remigi porte son regard vers le futur. Ses racines demeurent indissociables de l’univers de son aîné Mario Castelli, ce fameux grand-père, grand trompettiste à la RAI de Milan qui consacre désormais son temps à retranscrire les sonorités ancestrales des carillons des églises bergamasques. Tout se tient magistralement dans « Permanent Colors », une économie de notes dessine les arabesques de la flûte d’Andrea Giordano vite enlacée par la guitare de Sivia Cignoli. La batterie attend sagement au second plan, elle soutient, cajole et se prépare à intervenir dans l’abstraction sonore qui va suivre. Ces trois musiciennes nous emmènent sur des chemins d’où l’on ne revient pas indemne. La poésie induite par cette succession d’ambiances mystérieuses ne peut laisser indifférent, les intonations délivrent une puissance émotionnelle saisissante.
Animé par une guitare où flotte l’esprit de Robert Fripp que n’aurait pas désavoué Richard Pinhas, « Blueberry Picking » déchire l’architecture du disque. Aucun répit, la voix féminine nous entraîne dans un tourbillon vertigineux avec « Liberation I » et son jumeau « Liberation II » qui déploient leurs ailes sans que l’on puisse y résister. Initiatrice de cette expérience musicale, la parole - Witchess - est ici définie comme Womxn Implement The Creation of Harmonious Ecosystems of Selfless Species et intègre un projet interdisciplinaire qui se poursuit sur scène avec la danseuse Clotilde Cappelletti. Le concept de cet album qui baigne dans la sensualité nous laisse imaginer un monde où l’harmonie ne serait plus un vain mot.
