Chronique

Federico Calcagno & The Dolphians

Face The Music

Label / Distribution : Da Vinci Jazz

Le plaisir du partage se ressent immédiatement dans ce second album du groupe de Federico Calcagno & The Dolphians qui fait suite à From Another Planet, sorti en 2019. Dans cet enregistrement, le langage post-bop d’Eric Dolphy est toujours mis à l’honneur, de même que la frénésie qu’il déversa dans Free Jazz : A Collective Improvisation d’Ornette Coleman. C’est sur cette voie préalablement tracée que s’engage Face The Music : la musique ne se cantonne pas à jeter un simple coup d’œil dans le rétroviseur mais elle s’oriente dans de multiples directions animées par de nouvelles sonorités.

L’énergie communicative, voilà l’élément qui fédère ces compositions où les contrastes prédominent. « The Great Opening » avance avec une impressionnante ligne de front où resplendissent les clarinettes de Federico Calcagno et les saxophones de Gianluca Zanello et Luca Ceribelli. L’atmosphère chaleureuse des années soixante ressurgit par le mariage des cuivres et du vibraphone, par une évocation de Bobby Hutcherson. Les ponctuations du vibraphoniste Andrea Mellace soulignent les interactions des solistes, il enrichit le solo de saxophone soprano de Luca Ceribelli dans la mutation progressive de l’écriture orchestrale de « Tragedy » et son apport est déterminant dans « Wake Up Humanity ! ».

Un parfum oriental se diffuse dans « Terra Liberata » avec l’intervention raffinée d’Anaïs Drago . Également invitée dans la composition aérienne « Castelli di Sabbia », Francesca Remigi installe des nuances percussives en soutien du texte déclamé par Chaaran/Davide Sartori. La voix a pris de l’importance dans Face The Music, Beatrice Sberna enchante « Lutto Nazionale » par la pureté de son timbre qui s’associe merveilleusement à la clarinette de Federico Calcagno. La conclusion de l’album se devait de rendre un hommage appuyé à Eric Dolphy avec la superbe pièce « Mandrake », produite par Alan Douglas à New-York en 1963. Ce morceau, propulsé par la paire rythmique composée de Stefano Zambon et Stefano Grasso, n’a pas pris une ride et l’enthousiasme avec lequel le quintet s’en empare est à l’image de cet album vivifiant.

par Mario Borroni // Publié le 19 avril 2026
P.-S. :

Federico Calcagno (bcl, soprano cl, piccolo cl, contra-alto cl), Gianluca Zanello (as), Luca Ceribelli (ts, ss), Andrea Mellace (vib), Stefano Zambon (b), Stefano Grasso (d, perc), Anaïs Drago (vln on 3), Francesca Remigi (d on 7), Chaaran/Davide Sartori (voc on 7), Beatrice Sberna (voc on 9)