Chronique

Grand Tabazù

Bazaàr

Label / Distribution : Airfono

Revendiquant une créolité assumée dans l’attitude comme dans la musique jouée, Le Grand Tabazù est un nouveau venu dans l’univers des grands formats. Nouveau venu mais pas inconnu, puisqu’on retrouve de nombreux musiciens de l’Imperial Quartet, comme les inséparables Gérald Chevillon, Damien Sabatier, Joachim Florent et Antonin Leymarie qui furent aussi des aventures de l’orchestre Tous Dehors. Avec une façon de faire joyeuse et festive qui n’oblitère pas un sens très remarqué de la composition, comme l’illustre « Piccolo », rumba où le banjo de Stéphane Cézard et l’accordéon de Lucas Spirli, qui signe bon nombre des morceaux de ce disque, sont omniprésents. Le lien avec le charme gouailleur de Tous Dehors n’est pas une simple coïncidence : on perçoit dans cet orchestre des liens fanfarons avec son auguste aîné.

Tabazù vient du gaga, le patois stéphanois, et signifie la folie au sens de l’excitation ; la présence de deux frères Spirli [1] dans l’orchestre avec Adrien Spirli au soubassophone montre que la querelle entre Saint-Étienne et Lyon ne dépasse guère les bars à la mode de la place Bellecour et que la musique du grand Tabazù prend ses racines dans d’autres bistrots. Ceux où l’on fait la fête, où l’on exulte, comme les trombones de Lou Lecaudey et Simon Girard dans la chaleur de l’instant. Ceux où les postures et les attitudes sont proscrites et où prime le collectif. On danse beaucoup chez Tabazù, et la place énorme prise par deux basses soufflantes et deux percussionnistes (ajoutons Cèp Finck à Antonin Leymarie) n’est pas anodine. On se dandine.

À cheval sur une Méditerranée qu’ils franchissent allégrement, allant jusqu’à pêcher quelques rythmiques subsahariennes avec « Kouakou », la musique des onze musiciens est gourmande et insatiable, mixant avec bonheur les sonorités du Maghreb et les traditions fanfaronnes qui permettent de se confronter aux pétulances de « Tabazuzabat ». Présenté comme une fanfare de l’espace, Le Grand Tabazù et son hymne à la Lune a pourtant bien les pieds sur terre ; ils sont simplement en train de danser.

par Franpi Barriaux // Publié le 28 septembre 2025
P.-S. :

Gérald Chevillon (bs), Adrien Spirli (soub), Damien Sabatier (as), Baptiste Sarat (tp), Lou Lecaudey, Simon Girard (tb), Lucas Spirli (acc), Antonin Leymarie, Cèp Finck, Olivier Peysson, Grégoire Sanchez (perc)

[1qu’on suppose de la famille d’Alfred Spirli de l’ARFI…