Chronique

István Grencsó Open Collective

Síkvidèk

István Grencsó (ts, fl, bcl), Máté Pozsár (p), Róbert Benkő (b), Szilvester Miklós (dms)

Label / Distribution : BMC Records UVM Distribution

Colonne vertébrale de la riche histoire du jazz en Hongrie, le multianchiste István Grencsó est depuis plus de trente ans à la tête d’un orchestre à taille et composition variables, le bien nommé Open Collective qu’il compose au gré de sa musique. Compagnon de route de l’illustre György Szabados dans les années quatre-vingts, Grencsó fait partie des musiciens qui font les belles heures du Budapest Music Center et a toujours confronté son biotope jazz, qui s’étend du hard bop au free, aux musiques traditionnelles d’Europe Centrale, qu’il suggère çà et là.

Après deux albums farouches aux accents colemaniens où l’Open Collective se mesurait au poète et saxophoniste chicagoan Lewis Jordan, le retour aux sources magyares est le sujet de Síkvidèk (« plaines » en hongrois). Ainsi, avec « Csinálosi Erdőn », Grencsó et son quartet rendent hommage à Szabados, décédé en 2011, avec un traditionnel collecté par Bartók. Le ton y est plus apaisé et recueilli que sur ses précédent albums, et l’arrivée du pianiste Máté Pozsár donne à l’Open Collective des allures coltraniennes que Grencsó attise d’un ténor lyrique.

Le propos de Síkvidèk, émacié, se recentre autour de son leader, qui s’appuie toujours sur une base rythmique solide et saturée de groove. Au fidèle Róbert Benkő, qu’on trouvait déjà dans l’Open Collective des années 90 mais aussi auprès de Gabor Gadó ou Mihàly Dresch, s’ajoute le batteur Szilvester Miklós ; qui, sur le pugnace « Indián a Hortobágyon », pousse le quartet jusqu’à son point de rupture. Parfois Pozsár se mêle à cette rythmique, qui devient alors un outil entièrement tourné vers l’énergie de son leader. Les trois accompagnateurs de Grencsó se connaissent par ailleurs : ils improvisent en trio depuis longtemps. Cette complicité fluidifie le propos ; sur « Cukormentes », le leader passe alternativement d’une flûte aérienne à un ténor rogue (le ciel, la terre…) pour travailler une masse orchestrale dense. Mais le pianiste, qui est le pivot de cette formation, sait aussi apporter une touche plus abstraite lorsque Grencsó passe à la clarinette basse, instrument sur lequel il excelle. À ce titre, « Iván Gyermekkora », dédié au batteur Iván Nesztor, est ici le morceau le plus intéressant.

Avec ce douzième album, l’Open Collective opère une synthèse apaisée des influences multiples de Grencsó, dans un contexte moins exalté, moins heurté que sur Local Time. Les horizons dévoilés par ce musicien incontournable du jazz européen sont à découvrir absolument, pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore.