Chronique

Globe Unity Orchestra

50 Years

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Un demi-siècle à marquer l’histoire des musiques improvisées, en réunissant dans une structure solide des légendes de la Free Music européenne tout en conservant une certaine image d’auberge espagnole, voilà qui intime le respect. Ceci est né du désir du pianiste, Alexander von Schlippenbach de coaliser les forces en présence et de créer une famille d’improvisateurs avec moult liens croisés, qui a essaimé et influence encore et toujours le présent et percole déjà dans le futur. Dans cet orchestre à deux batteries (Paul Lovens et Paul Lytton, excusez du peu) et sans contrebasse – mais, nouveauté, avec le tuba de Carl Ludwig Hübsch -, il y a toujours des tas de soufflants. Des fidèles, tel l’incontournable Rudi Mahall ou Jean-Luc Cappozzo, et des nouveaux comme Daniele D’Agaro ou Axel Dörner.
 
On peut penser la structure dormante, mais elle se réveille à heure fixe, pour nous rappeler que le Globe Unity Orchestra tourne encore et jubile toujours autant. Certes, le temps a fait son sinistre office, et la formation a vécu un tsunami chez les trombones avec la disparition de Paul Rutherford et Johannes Bauer qui étaient dans l’album des 40 ans, tout comme Kenny Wheeler. Leurs successeurs, de Walter Wierbos à Christof Thewes en passant par Tomasz Stańko (qui nous a quittés depuis) sont heureusement faits du même cuivre. Le Globe Unity est un volcan en sommeil, prêt à tout ravager sur ton passage pour peu qu’il se débarrasse de sédiments ankylosants. En 45 minutes et un morceau unique qui avance comme une coulée de lave, on va de l’embrasement des bois à l’éclatement des cuivres.

Dans cette profusion de possibilités, des idées jaillissent, souvent très collectives. Dans cette mêlée organisée, marquée par la responsabilité de chacun, Schlippenbach n’a pas un rôle de leader. Il induit certes le commencement de ce concert enregistré en 2016 à Londres, une poignée de jours après être passé par Paris, où nous avions réalisé un reportage photo, mais laisse chacun en totale autonomie. Ce qui en ressort est l’impression d’un All-Stars foisonnant et ravi de jouer ensemble qui perpétue une idée et une manière d’envisager l’improvisation. Une jolie fête.

par Franpi Barriaux // Publié le 30 septembre 2018
P.-S. :

Henrik Walsdorff (as), Ernst-Ludwig Petrowsky (as, cl, fl), Daniele D’Agaro (ts, cl), Gerd Dudek (ss, ts, cl, fl), Evan Parker (ts), Rudi Mahall (bcl), Axel Dörner (tp), Manfred Schoof (tp, flh), Jean-Luc Cappozzo (tp), Tomasz Stańko (tp), Ryan Carniaux (tp), Christof Thewes (tb), Wolter Wierbos (tb), Gerhard Gshlössl (tb), Carl Ludwig Hübsch (tu), Alexander von Schlippenbach (p), Paul Lovens (dms), Paul Lytton (dms)