Entretien

Jim Payne

De James Brown à la bande des Stax Boys en passant par les Slickaphonics, ce batteur américain, pilier de la scène funk, était à Paris, contre toute attente, en trio avec Edouard Ferlet et Xavier Zolli. Une rencontre rare…

Quel rapport entre Jim Payne, grande figure américaine du rhythm’n blues et Edouard Ferlet, pianiste, fondateur du label Mélisse ? Sur l’échiquier des rencontres possibles, ils avaient peu de chances de jouer ensemble. Or, voilà plusieurs mois qu’ils se retrouvent pour constituer, avec Xavier Zolli, un étonnant trio et aborder une musique aux étranges paradoxes. A Lyon, ils étaient l’invité d’un peintre qui aime organiser dans son atelier des pentes de la Croix-Rousse toutes sortes de rencontres, musicales, littéraires ou picturales.

Jim Payne donnait récemment un unique concert, au Baiser Salé à Paris, avec Edouard Ferlet au piano et Xavier Zolli à la basse (accompagnateur de Grand Corps Malade, il est à l’origine de la rencontre). Ce batteur, qui a débuté dans les années 50, a multiplié les rencontres et les bouts de chemin avec tout le gratin de la soul et du rhythm’n’blues, les compères de James Brown, la bande de Stax etc, avant de fonder en 1980 le groupe funk Slickaphonics avec Steve Elson, Ray Anderson, Allan Jaffe et Mark Helias.

Jim Payne /DR

Jim Payne, également connu pour enseigner la batterie via l’Internet, vit désormais entre la France et New York. Dans ce trio, qui s’est récemment produit à Lyon et officie depuis quelque quatre ans, on apprécie tout particulièrement la vigueur d’ensemble et les étonnantes correspondances que trouvent entre eux Payne et Ferlet, que ce soit sur leurs compositions personnelles ou sur des standards de Hancock, Gillespie ou Monk.

Retour sur la carrière de Jim Payne.


  • À quand remontent vos débuts ?

Dangereuse question. Je joue des drums depuis cinquante ans et j’ai donc côtoyé beaucoup de musiciens.

  • Par exemple ?

Beaucoup de monde avec le JB Horns. Avec Maceo Parker et Pee Wee Ellis, les chefs d’orchestre de James Brown, au fil des ans, je me suis trouvé dans beaucoup de configurations. Par exemple, avec Pee Wee, j’ai joué derrière Esther Philips. De nombreux groupes en tout, et deux disques avec ces trois-là en Floride et au Japon, dont Frankies Good Times au Japon. Ensuite, j’ai beaucoup enregistré de soul et de rythm’n’blues en Floride ; j’y ai d’ailleurs habité trois ans et accompagné beaucoup de gens, comme Rufus Thomas ou Lucky Peterson, en compagnie de qui j’ai écrit beaucoup de chansons. Après quoi nous avons fait des tournées, notamment en Scandinavie.
Ce qui explique que j’aie abordé tous les styles.
J’aime improviser : on peut faire ce qu’on veut, jouer avec de grands musiciens, aller partout…

  • Vous allez et venez entre la France et New York, où vous résidez sept mois par an. Comment se présente la scène new-yorkaise aujourd’hui ?

Il y a à Manhattan à la fois des petits clubs et des grands, comme le Blue Note ou le Village Vanguard, mais en plus, de nos jours, des clubs à Brooklyn. Comme vous le savez, beaucoup de musiciens, surtout des jeunes, viennent à New York. Et moi, je suis convaincu que si tu veux être musicien, il faut aller de temps en temps à New York voir ce que font les meilleurs. Après, tu rentres chez toi et tu te dis : « Décidément, il faut que je travaille ».

  • C’est vrai pour New York mais pas pour Los Angeles ?

Oui. Je suis resté trois mois à LA, le temps de faire trois jobs, et je suis rentré parce que là-bas, tout tourne autour du cinéma et de l’industrie de la bande-son. Les meilleurs musiciens jouent ce type de musique. C’est intéressant, bien sûr, mais personnellement je ne suis pas très séduit par ça. Il n’y a guère d’improvisation là-dedans. Ce sont des musiciens fantastiques mais ils ne bougent pas de là et ne jouent presque jamais autre chose. Pourtant, il y a aussi du bon jazz, à Los Angeles, dans de bons clubs comme le Big Potatoe.

Edouard Ferlet / DR

  • En somme, c’est bien pour y habiter, comme Herbie Hancock, mais pas pour y jouer ?

C’est ça. Prenez mon ami John Scofield : il vit à New York depuis de nombreuses années et on l’appelle pour jouer un peu partout. Eh bien c’est la même chose pour Herbie Hancock : il n’a pas à jouer là où il réside.

  • Scofield et Hancock sont souvent venus à Jazz à Vienne. Et vous ?

Oui, lors de la première édition, en 1982, avec les Slickaphonics que j’avais fondés. Avec ce groupe, on a joué partout en Europe - à Montreux, au North Sea Festival mais aussi à Nice etc. J’aime beaucoup la France.

  • Aujourd’hui les années rythm’n’blues et les gens comme Sam and Dave ou Eddie Floyd ont l’air oubliés. Comment cela s’explique-t-il ?

Les jeunes sont allés vers le rap. Mais c’est en train de changer. D’ailleurs, la soul comme le gospel restent très présentes aux Etats-Unis - dans les églises, car ce sont des musiques chrétiennes. Et la soul vient du gospel. Mais je suis d’accord, c’est triste. Récemment, comme on cherchait des trucs, mon fils et moi, je lui ai fait écouter des disques de Sam Cooke et d’Otis Redding ; il n’en revenait pas ! Il trouvait ça génial. Parce qu’il n’avait jamais entendu ça. J’ai beaucoup joué dans les facs et les jeunes que je rencontrais aimaient le jazz et ce qu’ils appellent la musique d’avant-garde. Coltrane, l’orgue, le rythm’n’blues de Jimmy Smith ou de Jimmy McGriff… J’adore cette musique et c’est ce que j’aime jouer avec le trio d’orgue. Parfois, je me dis qu’elle est peut-être trop vieille pour ces mômes. Mais en fait, ils adorent ça. Quand on se produit dans les collèges, ils dansent.

  • Aujourd’hui, que préférez-vous jouer ? Dans quel type de formation ?

Je préfère le trio ou le quartet car ça donne plus d’espace pour jouer. On peut jouer en solo et, en même temps, avec le pianiste.

Jim Payne Group /DR

  • Vos projets se situent plutôt en Europe ou aux États-Unis ?

À Paris puis States. Actuellement, je suis entre New York et San Francisco. J’écris un peu. Après, je chercherai de nouveaux musiciens pour jouer à San Francisco. J’en ai déjà repéré quelques-uns.
Je compte aussi rejouer ici car on a lancé le truc et maintenant, les gens nous connaissent mieux. L’an prochain, j’espère notamment mettre en place un projet sur une quinzaine de jours.