Chronique

Kristen Noguès - John Surman

Diriaou

Kristen Noguès (harpe celtique), John Surman (bcl, s)

Label / Distribution : Souffle Continu

Explorateur de l’âme humaine, John Surman ne cesse d’engendrer des projets intimistes qui incorporent des fables ancestrales. Les abstractions mélodiques qui irriguent Diriaou, issu d’une série de concerts donnés en Bretagne en 1998, renvoient aux expériences menées il y a plus de quarante ans par le saxophoniste avec Jack DeJohnette dans les paysages aventureux de The Amazing Adventures Of Simon Simon. Une nouvelle fois ce sont des personnages photographiés de dos sur la pochette du disque qui, par leur attitude, nous invitent à contempler un horizon incertain. Disparue trop tôt, Kristen Noguès fait miroiter les facettes des dix compositions, elle y fait naître des ambiances chaque fois différentes.

La bonace, cette mer tranquille après l’orage, a une fonction apaisante chez les marins. La musique de ce disque en adopte toutes les caractéristiques. « Kerzhadenn », ballade composée par Gildas Beauvir, « Maro Pontkalek » issu d’un air traditionnel, autant de titres évocateurs d’espaces vierges où l’on respire l’air du grand large. Les bourrasques qui émanent du saxophone prennent le temps de se déposer au travers des cordes de la harpe, seule la lumière en clair-obscur ne se métamorphose pas. Le duo construit un conte embelli par des sonorités qui oscillent entre une mémoire séculaire et un langage contemporain en constante mutation.

Inspirée par les chants traditionnels bretons et nourrie par ses rencontres avec Patrick Ewen et Gérard Delahaye, Kristen Noguès a emboîté le pas à Alan Stivell. Comme lui, elle a contribué au renouveau de la harpe celtique et ses incursions dans le domaine du jazz avec Mauro Negri, Jean-François Jenny-Clark, Jon Christensen et Jacques Pellen qui fut son compagnon, l’ont transportée dans de nouveaux concepts musicaux.

Cette rencontre entre deux êtres sensibles à la culture celte édifie une trame musicale qui s’échafaude en improvisations délicates. John Surman, reconnaissable à ses entrelacs fluctuants à la clarinette basse, et Kristen Noguès, d’une précision sans faille à la harpe, prennent pied sur un rivage fouetté par un petit crachin. Ce voyage est agrémenté par la photographie de la pochette due à Guy Le Querrec et par celles de Loïc Lostanlen et Gérard Rouy qui capturent les deux musicien·nes sur scène. La conception graphique de l’album, réalisée par Stefan Thanneur, complète ce superbe témoignage discographique dû à Souffle Continu.