Mathias Lévy
Chant song
Mathias Lévy (vln), Lou Tavano (voc), Sébastien Giniaux (cello, g), Laurent Derache (acc), Jean-Philippe Viret (b).
Label / Distribution : L’Autre Distribution
Chant Song, sixième disque du violoniste Mathias Lévy, est une promenade vivifiante et remuante, un chemin fait pour se perdre avec délices.
Le titre emprunte à Prévert, et l’on se dit que le poète n’y aurait sans doute rien trouvé à redire. Tous deux semblent avoir fréquenté la même école buissonnière, d’évasion rêveuse.
Cette musique parle, au fond, de ce que les voyages déposent en nous. Et de ce qu’ils emportent au passage. On part chargé, on revient plus léger, mais avec quelques joyaux dans la besace. Mathias Lévy nous livre ici l’essentiel, l’intime, de ce qu’il a glané au fil de ses explorations musicales en se frottant à différentes traditions.
Tous les musiciens donnent de la voix, semblant parfois se fondre en une seule, même si le plus souvent domine - ou flotte au-dessus - celle, profonde, émouvante de Lou Tavano. Les chœurs peuvent à l’occasion se tendre en scansions, se faire presque incantatoires, proches de la transe des danses anciennes.
Le violoncelle et la guitare de Sébastien Giniaux, l’accordéon de Laurent Derache, la contrebasse de Jean-Philippe Viret forment l’équipage idéal pour ces musiques de traverse qui font danser les mots de Blaise Cendrars – autre figure de l’école buissonnière et de l’aristocratie du vagabondage qu’on ne s’étonnera donc pas de retrouver ici – de James Joyce, et de Jacques Prévert bien sûr.
Succomber au charme entêtant de ce disque, c’est s’imaginer en herbes folles, souples et obstinées, dansant au vent avec une délicatesse de ballerine. Le lyrisme, jamais loin, serre le cœur à plusieurs reprises.
Liberté construite sur une mécanique de précision. Tout paraît simple, naturel, mais l’orfèvrerie est bien là, discrète. En témoigne la mise en son de Matthieu Metzger qui ouvre l’espace, laisse au collectif sa juste place entre liberté et cohésion.
Un disque qui vous nettoie l’âme comme on ouvre grand une pièce aux quatre vents, et vous rend comme un peu plus affûté, plus sensible aux infimes détails du monde. Les voyages déposent en nous, ils emportent aussi au passage. On part chargé, on revient plus léger.

