Entretien

Occijazz, quésaco ?

Yann Causse présente le réseau Occijazz.

Yann Causse, co-directeur d’Occijazz (c) Michel Laborde

Les mélomanes qui traînent leurs écoutilles du côté de Perpignan à l’automne connaissent sans aucun doute le nom de Yann Causse puisqu’il préside Jazzèbre. Ce que l’on sait moins c’est qu’il est aussi co-directeur, avec Alain Lacroix, d’Occijazz, un réseau autour du jazz et des musiques improvisées qui fédère nombre de structures en Occitanie. Mais Occijazz, quésaco ?

- Comment peut-on définir Occijazz ?

Il s’agit d’un réseau dont l’ambition est de réunir des acteurs du jazz et des musiques improvisées. Initialement existait Jazz en LR, une structure propre à l’ancienne région Languedoc-Roussillon. L’idée était d’apprendre à se connaître entre diffuseurs et musiciens. Il n’y avait pas de réseau formel en Midi-Pyrénées.
Avec l’agrandissement des régions et la création de l’Occitanie associant Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, on a créé Occijazz. Celles et ceux qui, comme moi, venions de Jazz en LR avons apporté un certain nombre de projets dans notre corbeille de marié. En passant de Jazz en LR à Occijazz, on est devenu plus formel. C’était nécessaire car la région est bien plus grande et nous sommes plus nombreux. Nous avons également investi d’autres champs d’actions. Par exemple avec Music’Halle et l’Astrada on s’est beaucoup plus penché sur la formation des musiciens. Avec Occijazz on a, en plus des musiciens et des diffuseurs, d’autres métiers qui se sont joints à la structure. Des producteurs notamment.

Nous essayons de fédérer pour faire entendre une voix du jazz

- Il s’agit donc d’une mise en réseau d’acteurs du jazz et des musiques improvisées. Mais doit-on parler de structure, d’association ou d’une autre forme ?

Occijazz est, juridiquement parlant, une association. Au début on se revendiquait collectif. On a abandonné cet intitulé qui est souvent l’apanage des musiciens et maintenant quand on se définit on parle de réseau.

Yann Causse (c) Frank Bigotte

- Qui dit structure, dit objectif.

Il est important de souligner que nous ne sommes pas des représentants du jazz et des musiques improvisées, ne serait-ce que parce qu’un certain nombre de structures, de salles, de festivals, de musiciens ne font pas partie d’Occijazz. Nous essayons de fédérer pour faire entendre une voix du jazz, tout en sachant qu’il en existe d’autres.
Nous portons une parole et une analyse sur tout l’espace régional. Il s’agit de mettre en avant l’émergence, la création, de promouvoir la diffusion, s’interroger sur les manques du secteur. On fait véritablement œuvre collective.

- On imagine aisément que le travail en commissions permet de définir les axes de travail.

Occijazz a hérité de quelques directions qu’avait prises Jazz en LR. D’autres sont nées après. En fait, le Conseil d’Administration est, à l’heure actuelle, plus actif que les commissions. Mais effectivement, l’idée générale tient dans une articulation entre les commissions et le CA. Les commissions travaillent et font des propositions qui doivent ensuite être validées par le CA. Et bien entendu il y a une coordonnatrice. En revanche, les commissions ne sont pas complètement libres. Elles dépendent des subsides associés à telle ou telle question.

On s’empare aussi des questions liées à la parité. On est attentif à avoir des projets dirigés par des femmes

- Quels sont les différents champs de travail ?

On se définit comme un réseau d’action dans des champs qu’on estime défaillants. Il y a notamment le Charivari, c’est-à-dire une rencontre entre musiciens de Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. On s’est appuyé sur quelque chose qui existait déjà à l’époque de Jazz en LR. On l’a réinventé.
On est parti du constat selon lequel les scènes toulousaines et montpelliéraines ne se connaissaient pas bien et se fréquentaient peu. Toulouse était peut-être plus tourné vers Bordeaux tandis que Montpellier et le Gard regardaient plus facilement du côté des Bouches-du-Rhône ?

Quoi qu’il en soit, Charivari est devenu l’occasion de rencontres entre ces deux scènes, des rencontres de musiciens d’une part mais aussi des rencontres de familles de musiciens, des rencontres de styles en se faisant croiser musiques improvisées et jazz plus classique par exemple. Grâce au soutien de la Spedidam, on a également développé ce qu’on appelle la Saison Itinérante dont l’objectif est de diversifier les lieux de concert et les formations qui s’y produisent. Il s’agit de permettre à des musiciens de jouer dans des lieux dont les moyens sont souvent très insuffisants pour les accueillir dans le cadre ordinaire.
En termes de diffusion, on essaie de faire connaître la création régionale aux diffuseurs dans la région et hors région. Pour cela, on a lancé des Rencontres professionnelles qui s’organisent tous les deux ans. Les prochaines auront lieu en janvier 2021 dans le cadre du festival Albi Jazz avec des concerts et des ateliers participatifs autour de la notion de territoire.
Enfin, on est en train d’essayer de démarrer un projet avec Rhône-Alpes, à travers la structure Jazz RA. De manière schématique, il s’agirait d’échanges de groupes de chacune de nos régions avec un double plateau.

- Est-ce qu’on n’est pas là dans la problématique de l’aménagement du territoire ?

Oui. En tout cas, disons qu’on souhaite étendre la diffusion au-delà des centres principaux. Par ailleurs, on trouve, parmi les actions que nous menons, les résidences de création. Occijazz lance l’appel à projets et organise le jury de sélection. On essaie d’équilibrer entre projets de musiciens repérés et projets de musiciens non repérés. Ensuite ce sont les pôles qui prennent le relais.
A ce jour, nous travaillons avec la Scène Nationale de Sète, Jazz à Junas, Millau en Jazz, l’Astrada de Marciac, le Taquin et Jazzèbre. Chacun de ces pôles cherche ensuite d’autres partenaires.
C’est le cas par exemple avec le Koa Jazz festival, Sain-Chély d’Apcher et la Scène Nationale d’Albi notamment. Les partenaires peuvent être de tailles différentes, l’idée est d’être présent sur tout le territoire.
Enfin il y a le Grôo, un projet de formation qui a réuni une quinzaine d’élèves musiciens de cycle 3 de conservatoire qui ont bénéficié de Master Classes et de répétitions. Nous n’avons fait à ce jour qu’une édition du Grôo. La formation a travaillé une douzaine de jours sous la direction de Fred Pallem et, à l’issue de ce travail, a joué trois concerts au festival Jazz in Marciac, au Koa Jazz festival et enfin à Jazzèbre. On a bien entendu travaillé avec Music’Halle et plusieurs conservatoires de la Région. On envisage la seconde édition du Grôo sous la direction d’Eve Risser mais nous en sommes pour l’instant à la recherche de financements.

- Occijazz intervient également dans le champ de la formation ?

Ce qui est intéressant c’est de compléter. Les étudiants apprennent à être des musiciens, à jouer de la musique, mais sont peu instruits des aspects juridiques et sociaux de leur futur métier. En marge de projets comme le Grôo nous proposons des formations qui viennent compléter ces manques.

- D’autres directions de travail ?

On s’empare aussi des questions liées à la parité. On est attentif à avoir des projets dirigés par des femmes et à faire grimper le nombre de femmes programmées pour arriver progressivement à un rééquilibrage. C’est un travail de longue haleine.