Chronique

Pascal Contet

Utopian Wind

Pascal Contet (acc)

Label / Distribution : Plein Jeu

Un pied dans le classique, un autre dans le contemporain ne suffisent pas. C’est lorsque qu’il se déchausse pour s’aventurer sur les pistes de l’improvisation avec Carlos Zingaro, Maguelone Vidal, Andy Emler, Joëlle Léandre (les vingt ans de leur duo ont été marqués l’année dernière), ou encore tout récemment avec le jeune Antonin-Tri Hoang, que la modernité de cet accordéoniste époustoufle.

Après s’être frotté à la scénographie, avoir enregistré et composé pour le spectacle vivant et le cinéma, publié ces expériences hors normes sur divers labels, il fallait que Pascal Contet, à son tour, crée sa maison de disque. Utopian Wind est donc le tout premier enregistrement paru sur son label Plein Jeu. C’est une double victoire que marque cet album au titre évocateur d’idéal.

Le disque est également né sous l’initiative de Hans-Joachim Gögl, programmateur du festival Tage der Utopie (Les Journées de l’Utopie) qui a lieu depuis 2003 en Autriche et propose tous les deux ans de réfléchir au futur, via des rencontres, débats et master classes. Le festival – qui a pour devise ces mots de John Cage « Je ne comprends pas pourquoi les gens ont peur des idées nouvelles. Moi, j’ai peur des vieilles idées » – a commandé ce projet à l’accordéoniste français en 2013. Il a saisi l’occasion pour livrer l’un de ses disques les plus personnels.

Les treize titres d’ Utopian Wind sont inspirés ou parfois possédés par le désir de leur compositeur d’exprimer, d’expier, d’expirer des émotions souvent complexes. Le départ, le deuil, mais aussi la joie, l’hommage et l’espoir se succèdent dans ce grand moment de musique. Un souffle continu de 64 minutes. Plus qu’une respiration, une ouverture.

Le sentiment d’empathie vient, certes, des sonorités de cet instrument populaire, qui a traversé les âges et les modes et véhicule toujours une chaleur particulière. La sensation de confession vient, elle, de la dimension personnelle que contient l’album, celle que l’on lit entre les lignes. Au fil de la quiétude de « Mother », de l’inquiétude de « Dances And Songs », puis du courant d’air qui passe, sans aucune note, lorsque le soufflet s’ouvre avec lenteur sur « Will », on saisit que les titres des morceaux mis bout à bout forment un poème dédié à la première muse de l’artiste. Celle à qui il doit la vie.

Contet ne s’épanche pas, il joue. Il n’est pas que joueur, d’ailleurs, il est créateur d’atmosphère. De nombreux compositeurs (de Bruno Mantovani à Franck Bedrossian) lui ont déjà témoigné leur confiance. Ses concerts – en solo ou aux côtés de Joëlle Léandre notamment, des plongées sonores hypnotiques – laissent les oreilles ébouriffées, comme éclaircies. Ils donnent l’occasion d’entendre de plaisantes confessions du public « Je ne pensais pas que j’aimais l’accordéon !  » etc,. Et quand un instrumentiste trouve un nouveau public, on a envie d’pleurer, c’est physique...

Utopian Wind porte la large palette chromatique que déploie cet instrument si riche que celui qui le maîtrise se transforme en chef d’orchestre. Ici, le chef et l’orchestre résident en un seul homme. Un homme qui se dresse avec vigueur, vent debout, pour nous conter la vie par les chemins de traverses.

par Anne Yven // Publié le 6 décembre 2015