Tribune

Phil Woods (1931 - 2015)

Disparition de Philip Wells Woods, dit Phil Woods, saxophoniste alto et clarinettiste, compositeur, arrangeur. Une des figures marquantes dans la lignée des boppers issus de « Bird ».


On disait de lui qu’il était, sur son instrument, un styliste. Contemporain de Jackie McLean, Cannonball Adderley ou Frank Morgan, il aura marqué l’ère « post-bop » en se frayant une voie et une voix originales. Repères, et souvenirs.

Le 14 novembre 1968, Phil Woods enregistre, pour le label Pathé-Marconi, avec Henri Texier (b), Daniel Humair (dm) et George Gruntz (p) un album qui fera date en France. Parce que Pathé-Marconi ne grave que très peu de disques de jazz, que celui-ci se vendra bien (il est excellent), et que dans la foulée, un peu avant, un peu après, le label historique osera deux perles qui sont encore d’une brûlante actualité : Our Meanings And Our Feelings, avec Kühn, Portal, Thollot, J-F J-K et quelques autres, et puis le magnifique et indépassé People In Sorrow, de l’Art Ensemble. L’idée du jazz européen ne va pas sans la présence des grands aînés venus du nouveau continent. En tous cas, en France.


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Toutes les qualités de Phil Woods sont là, dans ce disque intitulé Alive And Well In Paris : sonorité peine et assurée, technique sans faille, manière de débouler avec une assurance stupéfiante, style dont on saisit bien la filiation parkérienne, mais dont on sent aussi qu’il s’en démarque. Par une rondeur du son qui contraste avec le tranchant de « Bird », et par une sorte d’énergie sous-jacente qui semble mettre son auteur à l’abri des failles de la douleur d’exister. À ses côtés, les Européens se régalent, et sont à la hauteur. Enfin !

Et plutôt que de reprendre encore les dates et les moments (études, premiers succès, appariement avec l’autre altiste - Gene Quill - passé à la trappe depuis, séjour en Europe, retour aux USA, formation du quintet, la vie de musicien quoi !) on a choisi de circuler entre les disques et les concerts. Voulez-vous un scoop ? Le plus formidable duo de trompettes entre Dizzy Gillespie et Tom Harrell (et oui, ça existe !) se trouve sur un disque de Phil Woods, enregistré en décembre 1986, en Hollande, quelques jours après un fantastique concert des mêmes à Toulouse (31). Écoutez donc « Love For Sale », tiré du Dizzy Gillespie Meets Phil Woods Quintet, sur Timeless SJP 250 !. Un « stop-chorus » à deux proprement phénoménal. À 6’ et 36". Vous êtes prévenus.

Et puis quoi encore ? Plus récemment, à Marciac, en 2005, la recréation du mythique Parker With Strings, avec un orchestre de jeunes gens de Toulouse (encore !). On ne s’attendait à rien, sinon même à s’ennuyer un peu. Et puis, miracle ! Phil Woods qui plane au dessus de la mêlée, qui survole les violons, glisse sur les altos, caresse les violoncelles. Quarante minutes en apesanteur. Lui et nous. Alors que voulez-vous ? Pour tous ces bonheurs - il y en a si peu - on l’aimait fort, Phil Woods. D’abord Phil, ça nous parle. Et puis on est pas de bois. Salut l’altiste !