Rönkä, Sommer, Andersson
Lost Threads
Arturri Rönkä (p), Thommy Andersson (b), Daniel Sommer (d)
Label / Distribution : April Records
Pour cet album en trio conduit par le piano très contemplatif du jeune Finlandais Arturri Rönkä, le label nordique April Records, qui nous a habitués à témoigner du jazz de l’Europe du Nord en ajoutant la Finlande à la très vivante scène scandinave, a convoqué des écrivains du XXe siècle et de l’Europe Centrale sur la pochette et les notes intérieures. Rilke et Thomas Mann sont des gages d’élégance, ce que ce trio piano/basse/batterie démontre avec un parti pris très musical sur « Silent Steps ». S’ajoute un goût certain pour l’observation, l’intériorisation et la prédominance des sensations impalpables qui s’expriment dans le très beau « Meditation ».
C’est le batteur danois Daniel Sommer qui est à l’origine de cette esthétique très coloriste avec un jeu d’effleurement où les cymbales frémissent. Autre Danois, le contrebassiste Thommy Andersson retrouve lui aussi la douceur et ce jeu très clair qu’on lui connaît aux côtés de Kirk Knuffke dont l’avatar le plus récent est Near The Pond. Souvent courts, les morceaux sont des instants suspendus, des impressions fugaces, à l’image de « Lost Threads » qui donne le nom à l’album ; le piano tourne autour d’une basse profonde qui s’installe sans bousculade au centre d’un propos que la caisse claire de Sommer guide avec souplesse.
On sait Helsinki et les mille lacs férus d’un jazz de facture classique, souvent lié aux éléments. Ce trio ne cherche pas à révolutionner une formule qui fonctionne depuis toujours et a des références : « Den ansommes dans » permet à Rönkä, belle découverte ici, de jouer avec davantage de fermeté, obligeant Sommer à lui-même durcir le ton, la contrebasse se chargeant d’arrondir un propos qui ne se veut jamais saillant. Enregistré à Helsinki en 2023, Lost Threads est un disque qui s’incarne avant tout dans le consistant « Skärgårdsklubben at 6 AM » où piano et basse semblent parfois fusionner dans une tournerie sympathique et fluide, comme l’est dans l’ensemble ce court album.

