Chronique

Crispell, Østergaard-Nielsen, Andersson

The Cave

Marilyn Crispell (p), Thommy Andersson (b), Michala Østergaard-Nielsen (d)

Label / Distribution : ILK Music

The Cave commence telle une caresse impressionniste de Marilyn Crispell. Une rêverie jouée mezzo qui nous rappelle quelle concertiste peut être la pianiste favorite d’Anthony Braxton. À peine s’est-on perdu dans les méandres d’une musique très contemplative que les cymbales mates de la batteuse danoise Michala Østergaard-Nielsen viennent accompagner la rêverie alentour. Cette dernière est l’hôte, la maîtresse de ces chaleureux lieux qu’elle va aménager en trio avec ses convives, le contrebassiste suédois Thommy Andersson fermant la marche. C’est une première pour ce trio qui emprunte à la douceur une de ses aptitudes à se renouveler ; « My Spirit Heart » en est la brillante illustration, avec le jeu sporadique de Crispell dans les entrailles du piano, à côté d’un pizzicato obscur qui annonce une vague à venir.

On connaît Michala Østergaard-Nielsen pour son Østergaard Quartet avec Marc Ducret, mais aussi pour un trio scandinave aux allures pop, Nuaia qui témoigne d’un goût pour la légèreté. La ouate. On est ici devant le choix plus nébuleux d’une illustration minimaliste où Crispell soupèse le silence d’une main droite parcimonieuse mais intrinsèquement libre et joueuse. « TBA » a cette teinte, un pas de deux avec la contrebasse si mélodiste d’Andersson. On se souvient du travail du contrebassiste avec Kirk Knuffke ; The Cave conserve la même chaleur et un certain goût pour la langueur, auquel le passage d’Østergaard à la vibraphonette ajoute une dimension onirique supplémentaire (« A Smile of a Butterfly »)

Il y a une vraie connivence entre la batteuse et sa pianiste, et un goût commun pour une indolence qui se contenterait d’un silence enjolivé par des gestes comptés dans lesquels Andersson viendrait s’immiscer et s’imposer sans rudesse (« Improv #1 »). La grande réussite de cet album, c’est de mélanger douceur et complexité du propos sans plus de décorum, à l’instar de « Nine Tone Story », à l’allure plus nerveuse et collective où la main gauche de Crispell ancre le propos à une colère rythmique soudaine. Les trois artistes dialoguent avec beaucoup de liberté, et le travail de Michala Østergaard-Nielsen est à suivre avec le plus grand intérêt.

par Franpi Barriaux // Publié le 7 septembre 2025
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