Scènes

Steve Potts et François Ripoche à Nantes

Steve Potts était de retour en région nantaise pour deux concerts : l’un, privé, au cœur du vignoble nantais, dans sa « troisième maison », et l’autre à Nantes pour les 5 ans du Melocotton.


Steve Potts. Photo Michael Parque

Les rencontres dans le jazz constituent un élément fondateur, fonctionnant comme un révélateur, un moteur nourrissant sur la durée la carrière des musiciens. Pour François Ripoche, amoureux de l’histoire de cette musique mais aussi et surtout musicien sensible aux rencontres humaines, jouer avec Steve Potts dans le vignoble nantais constitue une sorte de summum.

En effet, c’est là que tout a commencé pour lui, au milieu des vignes, avec les amoureux du jazz d’ici. Puis, une fois son envol pris, Steve Potts a été une rencontre marquante, une amitié s’installant entre les deux hommes. Steve Potts et François Ripoche sont de vieux camarades de jeu. Pour le plaisir et pour les retrouvailles, ils ont constitué un quartet avec deux musiciens partenaires réguliers du saxophoniste nantais : Fred Chiffoleau et Christophe Lavergne.

Le premier soir, tout se joue donc dans le vignoble, à Mouzillon, pour un concert privé dans un ancien chai, au coeur de cette région que Potts appelle sa « troisième maison ». Après un repas partagé entre musiciens et amis locaux, les sourires qui vont peupler toute la soirée sont déjà sur toutes les lèvres. Ici, il n’est question que de plaisir et de convivialité. Le concert débute par un morceau de plus de 20 minutes, donnant un très bon aperçu de ce qu’allait être la soirée. Une musique jubilatoire, qui puise dans le répertoire du saxophoniste. Un Steve Potts qui semble en pleine forme et qui nous offre quelques solos tout à fait remarquables, d’une grande fluidité, pleins de fraîcheur. A ses côtés, le régional de l’étape savoure, esquisse un sourire, embouche le saxophone et rebondit sur les derniers échos du solo de son invité américain. La paire Lavergne / Chiffoleau se démène pour offrir aux deux saxophonistes ce qu’il faut de soutien rythmique et harmonique pour nourrir leurs ébats. Les morceaux se succèdent, le bonheur des musiciens a depuis longtemps envahit la salle. Les spectateurs présents, heureux invités, ne cachent pas leur joie d’assister à ce beau moment, avec ce sentiment d’avoir beaucoup de chance de partager ses retrouvailles lors desquelles la musique, simple excuse pour se retrouver, s’avère d’une qualité remarquable. La soirée se termine par une jam session, Jean-Louis Pommier, Pierre-Yves Mérel et les deux frères accueillant le concert venant se joindre au quartet. Ces hôtes, allègres soixantenaires, ne sont pas pour rien dans le choix de carrière de Ripoche qui les a fréquentés au sein du big band local et qui se délectait à l’époque de leur discothèque plus que fournie. Quand on vous dit que la dimension humaine est fondamentale…


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Steve Potts, Pierre-Yves Mérel, Fred Chiffoleau et François Ripoche à Mouzillon © Michael Parque

Retrouvailles le lendemain, dans le centre de Nantes, au Melocotton. Ce lieu accueille très régulièrement des concerts de jazz et fêtait ses 5 ans en association avec Jazz Sur Lie. Comme dans un club, l’ambiance est chaude, la salle bien remplie, les tables ont été poussées pour accueillir un maximum de personnes venues écouter le grand Steve Potts ; lui, le partenaire historique de Steve Lacy, qui a joué avec tous les grands de Dolphy à Coltrane, en passant par Brigitte Fontaine et Mal Waldron. Nos quatre musiciens sont là, profitant des victuailles locales, prêts à perpétuer l’esprit de la veille et chauffer le Melocotton. Pendant deux sets, le quartet démontre qu’une petite formation dans une salle de ce type, c’est un vrai bonheur. Au plus prêt des musiciens, les spectateurs peuvent apprécier toute la finesse du jeu, les modulations de la musique, saisir les regards échangés et les sourires partagés. La musique est belle, « ça joue » ! Pour terminer la soirée, les musiciens habitués du lieu sont conviés à un bœuf auquel le quartet se joint avec délectation.