Scènes

Art Sonic et l’Orchestre Éphémère

Art Sonic et ses invités au Festival Banlieues Bleues, à l’Atelier du Plateau


Photo @ H. Collon

Il y a des occasions qui ne se manquent pas. À défaut elles se racontent ou se partagent par la magie de la reproduction, un disque par exemple puisqu’il s’agit de musique.

C’est du moins à espérer, car en clôture du Festival Banlieues Bleues, l’Atelier du Plateau accueillait l’Ensemble Art Sonic et ses invités. Le quintette à vent s’était multiplié par deux en invitant cinq musiciens exceptionnels à jouer sur des instruments rares et plutôt encombrants !

Sous la direction du flûtiste aux mains d’argent Joce Mienniel et du clarinettiste sautillant Sylvain Rifflet, l’oboïste Cédric Chatelain, la bassoniste Sophie Bernado et le corniste Baptiste Germser avaient été rejoints par la harpiste Hélène Breschand, Thomas Bloch au cristal Baschet, Claudio Bettinelli aux bols et percussions métalliques tandis qu’Ève Risser et Benoît Delbecq avaient troqué leurs pianos respectivement pour le clavecin et le célesta.


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Photo © Hélène Collon

Pour cette nouvelle aventure intégralement acoustique, Mienniel & Rifflet ont repris l’ascenseur pour des étages élevés, d’une hauteur plus contemporaine que leur album Cinque Terre, mais tout aussi lyrique et riche en timbres incroyables. Leurs goûts éclectiques sont chaque fois recentrés par un traitement puissant et délicat d’arrangements originaux, comme lors du rappel où Art Sonic et l’Ensemble Éphémère interprétèrent « Il Casanova » de Nino Rota. Il se murmure que la prochaine étape serait un programme autour de l’accordéoniste Jo Privat, star disparue du jazz musette. En attendant, la marqueterie sonore et les sculptures métalliques amplifièrent merveilleusement le souffle multiphonique du quintette à ressort, mêlant habilement l’écriture traditionnelle et l’improvisation où chacun/e put s’échapper sans que la virtuosité ne cache jamais l’évocation dramatique et sensible.

Grâce au dispositif orchestral inhabituel imaginé par Mienniel et Rifflet, nous eûmes le privilège de voir Benoît Delbecq de face tandis qu’il se faisait les muscles sur le célesta, touches raides pour un pianiste habitué à caresser son clavier. Même enjeu pour Ève Risser, qui arpégea des clusters dignes du concerto de Manuel de Falla. La puissance de la harpe préparée de minuscules pinces à linge par Hélène Breschand est aussi enthousiasmante que les dés à coudre et les barbotages dans des cuvettes accordées du percussionniste italien Claudio Bettinelli. Frottant les tiges du cristal Baschet, Thomas Bloch tenait le rôle de la basse et des voix célestes, enveloppant le reste de l’orchestre dans un halo merveilleux.

La rose des vents d’Art Sonic nous fit perdre la boussole, des slaps cinglants au souffle continu, accords exaltés et sereins suggérant la cohésion humaine au delà des notes.