Chronique

Christophe Imbs

/ Soft Power

Christophe Imbs (p, pédales d’effets), Julien Lourau (ts), Joan Eche-Puig (cb), Anne Paceo (dm)

Label / Distribution : Label Oh ! / Inouïe

Arriver à proposer une évolution sensible de la sempiternelle formule piano, saxophone, contrebasse et batterie est une gageure. / Soft Power, le quartet lumineux du pianiste Christophe Imbs , y parvient avec une limpidité étonnante.

Quatre voix du paysage jazzistique français sont réunies pour un projet ne ressemblant à aucun autre. Le cheminement des pièces musicales interpelle par la construction mélodique et rythmique. L’album propose un chant processionnel habité de scansions alternant longueurs et brièvetés temporelles, le tout se répercutant magistralement sur des temps forts.

Comment Christophe Imbs a-t-il pu emprunter cette voie peu usitée dans le jazz, faite de simplicité radieuse ? Son imagination l’a sans aucun doute conduit à projeter divers aspects émotionnels pour aller vers une économie du discours musical, le piano inscrit une trame harmonique limpide, le saxophone va à l’essentiel et la paire rythmique se limite à une singularité faite de nuances soupesées. La frappe tellurique d’Anne Paceo souligne intensément les interventions de ses partenaires, elle est la fondation indispensable à la propension de cette formation.

The « Art of Shipping Rope » est une complainte enrichie de variations tonales ; les tempi mesurés de « Final Round (No More) » et de « Waiting For Anomaly » donnent à apprécier leurs impulsions métriques et les étincelants « Voices Of The Vacuum Cleaner Pipe », « You Should Play Some Sport Daddy, She Said » et « Magical Kitsch Punches »sont tout bonnement éclatants de beauté immatérielle.

La circulation d’idées intenses qui peuple / Soft Power apporte de nouvelles perspectives musicales à la fois réjouissantes et séraphiques.

par Mario Borroni // Publié le 10 septembre 2023
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