Portrait

François Morel : le rire est musical

Portrait musical de François Morel, acteur, auteur, chanteur et aimant le jazz.


© Franck Moreau

L’homme est connu pour ses rôles au cinéma, au théâtre. La fromagerie Morel, c’est lui ! Le chroniqueur de France Inter également. Il est sur tous les fronts.
Ses récents spectacles, dans lesquels il chante accompagné de musicien.ne.s, ont la couleur cuivrée d’une musique populaire, aux arrangements swing... comme le jazz. On trouve d’ailleurs à ses côtés quelques musiciennes dont Citizen Jazz parle : les saxophonistes Lisa Cat-Berro, Sophie Alour ou Tullia Morand.
Pour Citizen Jazz, entre deux spectacles, il prend le temps de répondre à quelques questions sur la musique et sur Brassens qu’il connaît particulièrement.

-  Comment s’est faite la rencontre avec Lisa et Sophie et le choix d’un orchestre de ce type pour accompagner vos textes ?

Les rencontres avec Lisa et Sophie se sont faites grâce à Antoine Sahler que j’appelle « mon directeur musical », mais seulement pour rigoler. C’est un ami très cher et un musicien formidable. On avait envie de cuivres sur le premier spectacle musical que nous avons fait ensemble (« Le Soir, des lions. ») et sur le second aussi (« La Vie, titre provisoire »). Les critères d’engagement sont toujours les mêmes : nous cherchons les meilleurs et les plus sympathiques ! Ce qui évite de travailler avec des génies qui seraient des enfoirés et des personnes vachement gentilles mais pas inspirées. C’est ainsi que nous avons recruté Lisa Cat-Berro et Sophie Alour mais également Muriel Gastebois, Amos Mah et Tullia Morand. A chaque fois, le talent allié à l’affabilité.

Le rire est musical, une réplique qui ne vient pas dans le bon tempo tombe à plat.


François Morel et Lisa Cat-Berro © Franck Moreau

- Quel est votre rapport à la musique ?

Ma relation avec la musique est le fruit d’une grande frustration ! J’aurais aimé jouer d’un instrument, je suis très jaloux par exemple de ceux qui savent s’accompagner au piano. J’ai essayé de prendre des cours de piano mais je me sens un peu comme une poule devant un couteau. Même si je ne suis pas musicien, la musique est une obsession quand je suis sur scène. Le rire est musical, une réplique qui ne vient pas dans le bon tempo tombe à plat.

- Dans votre chronique Swing Cabu, vous dites : « Cabu aime le jazz qui déménage. Pas celui qui donne envie de se jeter dans la Seine ». Alors de quels jazz parlez-vous (dans les deux cas) ?

Cabu était attaché au jazz historique (celui de Duke Ellington, de Count Basie…), aux grands orchestres, à l’émotion d’Ella Fitzgerald, de Billie Holiday, aux fantaisies de Cab Calloway, un jazz qui souriait, donnait de l’énergie, de l’émotion… Je pense qu’il était moins sensible au free jazz quand il était trop ésotérique et complexe.

- Allez-vous aux concerts et si oui, lesquels (récemment, disons) ? Et avez-vous le souvenir de quelques concerts marquants ?

Je ne vais pas si souvent au concert parce que je suis moi-même régulièrement sur scène. Le dernier concert auquel j’ai assisté est le spectacle de Philippe Katerine (pas de Philip Catherine) : c’est un monument dada qui m’a beaucoup plu ! J’aime beaucoup Avishai Cohen, le contrebassiste, entendu à Vannes un soir d’été.

- Comment écoutez-vous de la musique/jazz ? sur quels supports, à quel moment, à quel endroit ? Est-ce un cérémonial, un besoin, un moment banal ?

J’ai un abonnement à une application de streaming musical sur mon portable et je voyage avec une enceinte portative… J’écoute aussi des cd et des vinyles à la maison, le Köln Concert a été écouté des milliers de fois sur ma platine !

Vous croyez que c’est pour les paroles que Sidney Bechet a repris du Brassens ?


- Quel lien feriez-vous entre Brassens et le jazz ?

Le lien entre le jazz et Brassens, c’est le swing !
« Vous croyez que c’est pour les paroles que Sidney Bechet a repris du Brassens ? » demandait Jacques Brel.
Bonne question.
Brassens a enregistré un disque de jazz avec Moustache et Marcel Zanini notamment, en hommage à l’épouse de Moustache. Traditionnellement, Brassens était seulement accompagné par lui-même à la guitare et Pierre Nicolas à la contrebasse quand il était en représentation. Pour les enregistrements en studio, il convoquait un deuxième guitariste. Ce qui fait dire aux gens qui ne sont pas très musiciens « Brassens c’est toujours pareil ». Non, Brassens c’est à la fois l’influence des tarentelles du sud de l’Italie et du jazz américain.

- Pensez-vous que le jazz est toujours synonyme de liberté(s) et de lutte(s) ?

J’ai du mal à répondre à votre question car j’ai arrêté tôt mes études en musicologie…
La musique populaire, en général, accompagne un désir de liberté, un rêve d’avenir, comme dit l’autre… Elle permet d’exprimer des colères, des revendications. A chaque période de lutte sociale et politique, sa musique : le jazz, le folk, le rap…