Chronique

Goodman, Mahall, Bordenave

Mostly Monk

Rudi Mahall (bcl), Matthieu Bordenave (ts, cl), Geoff Goodman (g)

Label / Distribution : Unit Records

Entendu il y a peu au sein de son orchestre Ouát avec Michael Griener et le Français Simon Sieger, on est toujours ravis de retrouver le clarinettiste allemand Rudi Mahall dans l’un de ses exercices favoris : la relecture de standards et des clins d’œil aux grands noms du patrimoine jazz, afin de les bousculer un peu. C’est ce que Mahall avait expérimenté avec Aki Takase ou encore Alexander von Schlippenbach. C’est également ce qu’on avait pu aimer dans l’orchestre Lacy Pool. Avec Mostly Monk, le ton est donné : c’est avec un tout nouveau trio sans batterie ni clavier que l’on va rendre hommage au pianiste, non sans offrir quelques digressions bienvenues et improvisées dans l’idée monkienne. C’est ainsi que sur « Pharmaceutical Secrets », la clarinette se mesure à la guitare baladeuse de Geoff Goodman, musicien étasunien installé à Munich.

C’est Goodman qui structure le trio par un jeu très sage, souvent instinctif et disert. Sur « Introspective/Locomotive », le plus long morceau de cet album, c’est la gestion de son écho qui fait rentrer dans le thème les deux soufflants. Le jeune Français Matthieu Bordenave clôt ce triangle. Installé lui aussi en Bavière et habitué des orchestres de Goodman, son jeu est incisif mais sans excès ; l’alchimie avec Mahall est idéale, notamment sur cette excellente reprise de « Off Minor » où les tutti des anches apportent un environnement légèrement instable à la ligne claire de la guitare. Sur ce morceau, Mahall fait parler tout son talent en s’offrant une belle échappée avec la guitare de Goodman qui joue au plus simple, toujours dans l’esprit du thème.

L’amour de Monk dans ce trio à la pochette très créative, toujours créée par Katja Mahall, est omniprésent. C’est un amour irrévérencieux sans sombrer dans le potache, et l’on perçoit, dans « I’m Confessin’ That I Love You », qu’il est intensément partagé par les deux soufflants et le guitariste qui souligne avec un poil de spleen une balade amoureuse assez sucrée. Paru chez Unit Records, Mostly Monk est un très bel instant.