
Darrifourcq, Hermia, Ceccaldi
Unicorn & Flexibility
Manuel Hermia (as, ts), Valentin Ceccaldi (cello), Sylvain Darrifourcq (d)
Label / Distribution : Hector Label
Depuis God At The Casino, premier disque fondateur d’un trio francophone reliant le batteur Sylvain Darrifourcq et le violoncelliste Valentin Ceccaldi avec le saxophoniste belge Manuel Hermia, on sait que toutes les acrobaties sont possibles et même désirées. Pleinement inscrits dans une vision du free jazz où les calculs mathématiques intègrent une version brutale et très contemporaine de leur musique, ce trio est en partie la prolongation de ce que le batteur et son acolyte aux cordes proposent avec le MilesDavisQuintet ! (MDQ !), au moins dans les angles parfois acerbes de la rythmique, lorsque Darrifourcq s’amuse à des motifs répétitifs sauvages et anguleux. Hermia quant à lui apporte la rage et l’entropie par son ténor vindicatif et pyromaniaque. « Unicorn and Flexibility » [1] est à cette image, lorsque la seule chose qui puisse calmer l’ardeur du soufflant est une mitraille précédée par des pizzicati secs comme l’argile craquelée d’un pays sans eau.
La musique de cet orchestre est un subtil équilibre entre spontanéité et grande préparation, tant les différentes routes empruntées demandent de la cohésion et beaucoup d’écoute. « Cognitive Kebab », sans doute le sommet de cet album, est un mélange de plages calmes mais avides et de soudains éclats très scénarisés autour d’une immense colère du saxophone, de celles qui ne se semblent pas avoir de fin mais stoppent sur un nouveau coup de tête. Plus loin, « Falsification » est le témoin d’une alliance à front renversé, le violoncelle de Ceccaldi, toujours parfait, s’amalgamant au saxophone. C’est la batterie qui est ici le facteur perturbateur en faisant exploser la cohésion naissante au profit d’une mécanique jouissive mais particulièrement aveugle.
Portant la marque des obsessions de Sylvain Darrifourcq pour les ruptures et les rythmes fantômes, Unicorn & Flexibility s’inscrit dans la droite ligne de Kaiju Eats Cheeseburger en proposant une musique très expressive et sanguine dans un joyeux bazar en réalité très ordonné. Moins cérébral et expérimental que le MDQ !, ce trio est tout aussi excitant, en gérant à merveille les temps forts et les temps faibles. La cohésion des deux Français avec Manuel Hermia est la clé d’un disque qui s’écoute sur la durée en privilégiant le casque et une grande attention pour en percevoir toute la subtilité.
