Chronique

Grenard - Vagnon - Bost

Les Incendiaires

Label / Distribution : Label Arfi

Lorsque depuis des années on anime avec d’autres compagnons d’image un spectacle sur le génie primitif du cinéma que fut Georges Méliès, on ne devient pas Incendiaires par hasard. Le trio, où évolue le trompettiste Guillaume Grenard, qui signe la plupart des titres de cet album, tire son nom d’un des films les plus sombres du prestidigitateur devenu cinéaste, où il est question de forfaits et de tête qui roule. On retrouvera ce goût pour la pantomime dans « Adriatica Von Mylendonk » où après quelques pas de danse, on rejoint un brouillard de souffles et de crissements aux contours inquiétants où se cachent des invités prestigieux comme Jean-Paul Autin ou Jean-Luc Cappozzo.

C’est pourtant la clarté radieuse du « Voyage dans la Lune » qui nous accueille, dans un tutti sautillant structuré par le saxophone baryton d’Eric Vagnon, dans un style moins acrimonieux que ce qu’il avait pu nous présenter avec Spoo. Composé par le tromboniste Olivier Bost, le morceau est encore un clin d’œil, qui garde de Méliès une poésie pleine de candeur et d’invention qui touche droit au but, malgré la variété des possibles et les soubresauts réguliers d’une mélodie volontairement simple. Maturé sous les auspices de l’ARFI, M. Méliès et Geo Smile emprunte au collectif lyonnais un souffle libertaire dont le cinéaste n’était pas dénué ; plusieurs pièces tirées de ce spectacle sont exposées ici, à commencer par « Les Incendiaires ».

Dans ce morceau, la trompette de Grenard incarne avec beaucoup de dramaturgie la marche à pas comptés vers l’échafaud, escorté par son complice Olivier Bost, dont le jeu de coulisse et d’embouchure, très nerveux, est une excellente surprise ; par ailleurs guitariste, le tromboniste se plaît à multiplier les riffs, apportant du mouvement au trio (« Ali Agça », où l’on retrouve également le percussionniste Alfred Spirli). On déniche comme souvent dans la musique de Grenard des symboles, quelques citations (« Le Raid Paris-Monte-Carlo en deux heures ») et un humour dévastateur qui gagne jusqu’aux notes de pochette. Pour ce compositeur adepte des jeux surréalistes, comme il a su le montrer dans son récent Nadja Sextet, les images de Méliès sont un terreau idéal pour faire feu de tout bois. C’est le meilleur combustible des Incendiaires.