Chronique

Hans Hassler Solo

Sehr Schnee Sehr Wald Sehr

Hans Hassler (acc)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Contrairement à certains instruments insuffisamment présents dans le jazz (hautbois, vielle, flûte, violoncelle), on ne peut prétendre que l’accordéon n’y a pas sa place ; sans doute est-ce dû à l’originalité des couleurs apportées par le clavier à bretelles et la qualité des musiques qu’ils ont popularisées, à commencer par les valses musettes.

Si quelques musiciens font appel aux accordéonistes pour intensifier et élargir la palette sonore de leur orchestre, on aurait tort de ne leur affecter qu’un rôle d’accompagnateurs ou de coloristes. On ne peut leur attribuer de fonction unique, comme l’ont prouvé ceux qui ont su imposer leur instrument dans des contextes variés. Histoire de montrer que ce dernier peut aussi être soliste, Jean-Louis Matinier, David Venitucci, Pascal Contet, Luciano Biondini, Richard Galliano etc. se sont frottés au solo. Citons également Lionel Suarez, Frédéric Daverio, Alain Bruel, Jean-François Baëz, Vincent Peirani, autres figures marquantes, ainsi que le poly-instrumentiste Bernard Lubat, chacun sachant, à sa manière, développer son langage et sa vision personnelle de l’instrument. Il est donc clair aujourd’hui que dans le jazz l’accordéon ne saurait être qu’une extension du musette [1]. Car s’il s’inspire aussi des musiques traditionnelles ou du tango [2] ll est aussi présent dans l’univers infini des musiques improvisées, avec Didier Ithursarry, Pascal Contet, Otto Lechner… et le Suisse Hans Hassler.

Avec Sehr Schnee Sehr Wald Sehr, le Zürichois lance un nouveau défi en se livrant à l’exercice périlleux et aventureux du solo. Considéré comme le maître suisse de l’accordéon, son parcours en dit long sur la diversité de ses collaborations : folk, musiques de films, jazz [3], classique et bien sûr musiques improvisées, ce dont il est question ici. Ce disque se présente comme une succession de pièces alternées avec de courts intermèdes, ce qui donne l’impression d’une suite. Les thèmes longs [4] lui permettent de creuser la masse sonore de l’instrument dans sa globaité ; alors toutes les explorations deviennent possibles, et avec la plus grande attention. Le premier titre, qui introduit fidèlement la couleur d’ensemble, incite l’auditeur à se concentrer sur la suite. On devine que Hans Hassler écrit aussi pour le cinéma tant la charge affective est forte, même en l’absence des images. Il expose ce que l’instrument peu aussi être, en laissant de côté le registre des musiques traditionnelles [5], et sur « SoGeKü-UpMi ! », on identifie de loin la décomposition d’une valse qui aurait pu être « musette » si Hassler ne se l’était pas autant appropriée. Car, décomplexée, loin de tous souci de classification, la musique fait preuve ici d’une maturité et d’une liberté exemplaire. Une façon assez symbolique de concevoir la musique en solo.

par Armel Bloch // Publié le 22 septembre 2008

[1même si Marcel Azzola, Galliano ou René Sopa ont su le faire à merveille

[2pour lequel certains préfèrent utiliser le bandonéon (petit frère de l’accordéon au son plus fin) comme Olivier Manoury, Michel Portal et le méritant Marc Perrone

[3avec entre autre Marco Käppeli, le Vienna Art Orchestra ou Gebhard Ullmann

[4maximum 17 mn

[5même si quelques clins d’oeils sont présents avec les thèmes « Luft-Polka » ou « Tango für Majion-Fitzja »…