Scènes

Hommage à Clifford Brown

Fabien Mary au Duc des Lombards, le 5 septembre.


Clifford Brown aurait eu soixante-seize ans cette année, s’il n’avait été fauché en 1956 par un accident de voiture qui coûta également la vie au pianiste Richie Powell et à sa femme.

Pour célébrer le cinquantenaire de la disparition de cette icône des trompettistes (mais pas que…), Fabien Mary et son quintet lui ont consacré une soirée au Duc des Lombards (Paris).




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Le jeune trompettiste, que la plupart des lecteurs assidus de Citizen Jazz connaissent au moins à travers Chess, joue ce soir-là avec le ténor protéiforme André Villéger. Les deux soufflants sont accompagnés d’une section rythmique de luxe : le subtil Alain Jean-Marie au piano, le fringuant Gilles Naturel à la contrebasse et l’inébranlable Philippe Soirat à la batterie.

Comme annoncé en introduction par Fabien Mary, le quintet a privilégié les thèmes signés Clifford Brown : « Joy Spring » et « Daahoud » - ou ceux qu’il affectionnait : « Stompin’ At The Savoy » (Benny Goodman), « Philly J. J. » (Tadd Dameron), « You Go To My Head » (J. Fred Coots) et « Cookin’ » (Lou Donaldson).


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Ph. Soirat © H. Collon/Vues sur Scènes

Distribution et répertoire conviennent parfaitement pour cet hommage. D’autant mieux que l’esprit du quintet est proche des Jazz Messengers, à savoir plus dans une veine hard-bop que bop, voie que « Brownie » était en train d’ouvrir…

Fabien Mary a clairement assimilé le langage bop et hard-bop : une virtuosité agréable, une sonorité plutôt éclatante, de l’enthousiasme pour les tempos rapides et des chorus qui tournent rond. Le ténor du combo, Villéger, possède une sonorité chaleureuse, démontre un sens de la tension/décontraction de bon aloi, et construit des solos intelligents, c’est-à-dire que les connexions entre ses différentes idées musicales sont personnelles et évidentes.


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Alain Jean-Marie © P. Audoux/Vues sur Scènes

Alain Jean-Marie, fidèle à lui-même, conserve une élégance de jeu à toute épreuve : des développements qui prolongent ceux de la trompette et du ténor, avec une aisance particulière dans les balades, et un accompagnement qui alterne lignes swing et accords parcimonieux, quasi-« monkiens ». Naturel & Soirat sont à la rythmique ce que Boileau & Narcejac sont au polar : parfaitement en phase, classiques et captivants. Le contrebassiste, sonorité toujours boisée et ronde, promène sa walking bass avec légèreté le long des chemins tracés par les solistes. Quant à Soirat, est-ce le souvenir de Max Roach ? En tous cas il éclaire la soirée par son jeu aérien et son sens de l’écoute : discret quand il faut, mais toujours là pour soutenir ou relancer la dynamique du groupe. Dans « Philly J. J. » - écrit sur mesure, il est vrai - Soirat a gratifié l’assistance d’un solo « cas d’école » !


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G. Naturel © P. Audoux/Vues sur Scènes

Évidemment, les auditeurs dont les oreilles sont habituées aux courses free échevelées, aux martèlements binaires ou autres délires d’obédience rock risquent de trouver la structure des morceaux un peu trop sage et systématique : exposé du thème à l’unisson, solos des soufflants, du piano et de la contrebasse, quelques breaks avec la batterie, une reprise du thème à l’unisson pour finir. Certes, une pincée d’interaction supplémentaire entre les musiciens, comme les dialogues trompette/ténor dans le très beau « Stompin’ At The Savoy », auraient pimenté le concert, mais le quintet de Fabien Mary a respecté les règles du jeu hard-bop et, dans ce domaine, il sait faire !