Scènes

Jazz Migration #3, cuvée 2018

Rendez-vous des professionnels, de la presse et des musiciens à la Dynamo


La soirée Jazz Migration, à la Dynamo, est l’annonciatrice des tournées futures de la cuvée 2018.
Après PJ5, le Quatuor Machaut, Post K et Watchdog jusqu’en décembre, ce sont Ikui Doki, Novembre, Armel Dupas Trio et nOx.3 avec Linda Oláh qui prendront le relais auprès de l’association Jazzé-Croisé (AJC) pour un an d’accompagnement dans le cadre de Jazz Migration [1].

La règle est simple : quatre groupes disposant chacun d’une demi-heure ; ce n’est pas une compétition, le choix s’est déjà opéré. Ce n’est pas un grand oral, juste l’occasion de voir sur scène ce que ces nouveaux arrivants ont dans les doigts et dans le souffle. Pour les salles, c’est l’occasion de réfléchir à la saison à venir. Pour les autres, de s’offrir un mini état des lieux de la jeune création jazz et musiques improvisées. Petite promenade aux quatre points cardinaux, avec des horizons différents, farouchement rêche ou abondamment sucré. Il y en a pour tous les goûts, dans un désir de l’AJC de n’exclure personne de ce travail sur les artistes émergents.


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Rafaëlle Rinaudo © Franpi Barriaux

C’est Ikui Doki qui ouvre la soirée. Le trio est habituellement composé de la harpiste Rafaëlle Rinaudo et la bassoniste Sophie Bernado ; cette dernière, enceinte, est remplacée -à la clarinette basse- ce soir-là par Hugues Mayot, ténor titulaire, lui même suppléé par Robin Fincker. L’esthétique reste inchangée, fortement influencée par la musique française du début du XXe siècle. C’est poétique et spontané ; cette configuration inhabituelle, qui ne reflète pas l’alliance de timbres inédite constituant l’identité du trio, conserve une aura hypnotique. Les cordes, méticuleusement altérées (carte de bus en guise de plectre, pinces à linge, etc.) ou agrémentées d’effets, menaient ce soir-là les rêveries debussyennes d’un ensemble très prometteur.

Vient ensuite Novembre, un quartet né il y a déjà dix ans au CNSM, avec Antonin-Tri Hoang au saxophone alto et Thibault Cellier à la contrebasse, déjà lauréat avec Papanosh en 2013. Avec le batteur Elie Duris, très en verve dans ses propositions et le pianiste Romain Clerc-Renaud, ils forment un orchestre soudé, pugnace. Novembre aime à s’acoquiner avec les traditions free sans cependant s’y enfermer, comme nous avions pu le constater à l’occasion de leur premier album en 2016. Les coups de boutoir de la contrebasse et des claviers tentent de bousculer le jeu galvanisé de Hoang, très inventif. Le temps passe vite, et il s’en faut de peu que les trente minutes ne se tiennent d’un seul bloc fait de persistances auditives et de collages sophistiqués.

Le trio d’Armel Dupas a beaucoup de claviers, y compris pour le bassiste Kenny Ruby et le batteur Matthieu Penot. Le leader est un excellent technicien qui représente objectivement la volonté d’AJC de sortir des sentiers coutumiers de Jazz Migration. Son attachement à un jazz mâtiné de post-rock progressif trouvera son public ; il y avait des spectateurs conquis. Parions qu’ils ne sont pas pléthore dans le lectorat de Citizen Jazz.


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nOx.3 + Linda Oláh © Franpi Barriaux

C’est le nOx.3 des frères Rémi (ténor) et Nicolas (batterie) Fox qui termine ce concert en compagnie de la chanteuse suédoise Linda Oláh ; devant elle une table couverte de boîtiers, de potentiomètres et de fils chargés de transformer sa voix dans une démarche proche de Lynn Cassiers. Un univers où l’on ne serait pas surpris de coudoyer Jozef Dumoulin. Le pianiste Matthieu Naulleau préfère au Rhodes le piano préparé, mais l’atmosphère marquée par un onirisme enfantin que le saxophone de Rémi Fox souligne en douceur explore la même direction. Instantanéité et légèreté en sont les pierres angulaires, le tout servi par de beaux textes qui ne bifurquent jamais sur le versant pop. Quand c’est le cas, celui-ci est accidenté, friable et sujet aux éboulements. Un terrain de jeu qui sied bien à la plupart de ces jeunes groupes mis en lumière durant un an.

par Franpi Barriaux // Publié le 7 janvier 2018

[1Le lendemain de ce spectacle, une rencontre était organisée par l’AJC et les programmateurs européens pour envisager les opportunités de l’année. Auparavant, on pouvait assister un colloque autour du réseau des diffuseurs de Jazz à la philharmonie de Paris, capté via un live Facebook