Scènes

Jazz à Vienne 2011 - 2

30 juin 2011 : Rhoda Scott « Lady Quartet », George Benson.


Lady Quartet, la bande à Rhoda

Outre son talent d’organiste, Rhoda Scott sait rassembler… les femmes. Le quartet qu’elle a formé avec trois musiciennes de talent démontre une belle sensibilité et un drôle de tempérament.

Nous sommes encore loin de la parité en matière de jazz. Certes, on commence à voir de plus en plus de musiciennes, outre les chanteuses, intégrer des formations jusqu’alors masculines. Il est rare cependant d’ouïr des groupes intégralement féminins, hormis lors des festivals spécialisés (« Lady Jazz » à Paris). C’est pourtant ce qu’a offert la première partie de la soirée du jeudi 30 juin 2011 de Jazz à Vienne avec l’épatante formation créée par l’organiste Rhoda Scott : un Lady Quartet qui a réussi à s’imposer, décrochant même un « Django d’or » pour son dernier disque en date (2010).

On attendait avec beaucoup d’impatience ce groupe qui, bien que créé en 2004, n’avait jamais arpenté la scène du Théâtre antique. Aussi talentueuse en organiste qu’en leader, Rhoda Scott a sollicité trois musiciennes qui se sont déjà fait un nom dans le circuit : la saxophoniste ténor Sophie Alour, souffleuse énergique et sensible qui joue dans le big band de Wynton Marsalis, la saxophoniste alto Lisa Cat-Berro, dotée d’un sens aigu de l’improvisation et qui accompagne souvent Rhoda Scott hors quartet, et la batteuse au swing tout en finesse Julie Saury, qui fut à bonne école en tant que fille du clarinettiste Maxime Saury et joue notamment avec le trompettiste Red Curson. Ces musiciennes sont à la fois dotées d’un solide pedigree et d’un tempérament qui ne l’est pas moins. Elles le prouvent amplement en interprétant leurs propres compositions, telles que « La valse à Charlotte », « Les enfants du soleil » ou encore « Rhoda’s Delight », en hommage à leur mentor, auxquelles s’ajoute une improvisation autour d’un tube de Michael Jackson.

Féminin ne voulant pas dire exclusif, le quartet invite ce soir là le joueur de bugle Alex Tassel, dont on pourra ensuite écouter le quintet au Club de Minuit. Belle illustration de la complémentarité homme/femme, cet équilibre qui naît lorsque disparaît la guerre de sexes.


  • George Benson

Il est de retour après deux ans d’absence à Vienne mais il faut du temps pour que la mayonnaise de la soul music prenne dans les gradins, où près de 7 000 festivaliers ont pris place. Toutefois, une fois lancée, la locomotive bensonienne ne laisse personne immobile…


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George Benson © Patrick Audoux

Après le Lady Quartet, retour à une formation 100 % masculine avec la star annoncée. George Benson montre d’emblée qu’il reste un grand guitariste, même si l’image du chanteur a pris le dessus. C’est d’ailleurs le crooner à la voix de velours, plutôt que l’homme de la soul music, qu’il installe assez rapidement sur scène. Au bout d’un long moment les spectateurs commencent à chalouper… lorsque les succès claquent enfin dans l’impassible ciel viennois : « On Broadway », puis le tube planétaire « Give Me the Night » provoquent des démangeaisons chez certains - et surtout certaines, qui montent carrément danser sur scène à la grande surprise de la Sécurité, désarçonnée par tant d’ingénuité. Benson est enfin dans son élément. A l’issue du rappel, ses musiciens et lui - quel batteur ! - se lâchent et font monter la température. Au total, près de deux heures d’un concert qui restera un des meilleurs crus « bensoniens » de Vienne. Le Festival, grâce au boss à la fine moustache, semble prendre son envol.


  • Line up George Benson : George Benson (g, voc), Michael O’Neill (g), David Garfield (md, kds), Thom Hall (kbs), Stanley Banks (b), Oscar Seaton (dms).
  • Line-up Lady Quartet : Rhoda Scott (org, voc), Lisa Cat-Berro (saxo alto), Sophie Alour (saxo ténor), Julie Saury (drums) + special guest Alex Tassel (bugle).